Rire et délire

On ne savait trop quoi attendre de cette première création écrite, dirigée et jouée par un trio de jeunes diplômés du Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Or, il se trouve que l’inattendu, c’est justement leur force. Avec ce spectacle au titre éponyme, la compagnie Le Projet Bocal dévoile un objet inclassable, singulier, qui ne manque pas d’imagination.

Leur bocal, les créateurs l’ont rempli de diverses scènes marquées au coin de l’humour ou de l’insolite. On découvre là un univers. Ou, plutôt, plusieurs, dans cette succession de courtes vignettes qui s’amorce sur une touche d’absurde (l’angoisse métaphysique du vide suscitée par un bocal…), et se poursuit dans une parodie d’horreur, un climat inquiétant qu’on s’amuse bientôt à désamorcer. Le spectacle cultive le décalage, joue sur la surprise. Ce peut être une distorsion aussi simple que ce flash d’un cadre qui vient annoncer des coupes d’emploi, alors que la gravité de son discours est court-circuitée par un accessoire vestimentaire… Ou aussi banale qu’une conversation entre amis, qui dérape, absurdement, dans le malaise.

Sans déflorer la surprise, essentielle, on retiendra le délire de ce numéro saugrenu, en forme de mauvaise publicité, où l’héroïne souffre d’une affection inédite. Ou, dans un tout autre registre, la variation crue sur le thème usé de l’adultère. Sans oublier l’autodérision de cette séance de décrochage, où les comédiens énoncent des clichés sur les objectifs de la pièce, qui part dans une direction imprévue…

Si cette collection, forcément inégale, de textes emprunte diverses directions, une certaine unité stylistique soude l’univers visuel, accrocheur, du spectacle. Le décor, une cuisine, et les costumes évoquent l’esthétique des années 50, ce qui provoque déjà un décalage. Dans une couple de textes à l’accent plus sérieux ou poétique, ces représentants de la génération du jetable parlent de la peur de l’engagement, et semblent entretenir la nostalgie d’une époque où on croyait encore en la durabilité de l’amour.

Les multitalentueux Raphaëlle Lalande, Sonia Cordeau et Simon Lacroix font une large place aux chansons, soit de vieux hits revisités ou des originales parodiques. Soulignons aussi le travail sonore, notamment la distorsion des voix humaines. Bref, voici un divertissement ludique, animé par une certaine recherche formelle, devant lequel il est difficile de bouder son plaisir.

 

 

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