Comédie musicale - Rock âgé

West Hollywood, Californie, en 1987. Cela commence avec un personnage narrateur prénommé Lonny (pensez au Emcee de Cabaret version Gino) qui s’adresse au public. Lonny entend raconter l’histoire d’amour que vivront sous peu un aspirant chanteur et une aspirante actrice alors que la gargote du Sunset Strip qui leur tient lieu de fief est sur le point d’être rasée. Entourés de personnages secondaires dépourvus du moindre attribut psychologique, les deux tourtereaux se rencontreront donc, se lâcheront, puis se retrouveront ; mince quiproquo censé soutenir l’intérêt pendant 2h30.

On regarde la comédie musicale Rock of Ages avec une certaine stupeur. À un moment, Lonny traverse la scène en hurlant, fesses nues, entre autres passages nauséeux. Le reste est à l’avenant. Entre humour scatologique et romance fleur bleue, aucune rose ne fleurit sur ce tas de fumier là.


Le Bourbon Room constitue le décor principal. Aux murs crasseux de l’établissement se trouvent épinglés des photos de vedettes rock et des soutiens-gorge, accessoire principal d’un spectacle d’une ringardise affligeante. Oui, tout cela est à prendre au deuxième degré, n’empêche… À l’avant-scène, côté cour, côté pas de classe, les pauvres choristes se trémoussent en sous-vêtements (pour se fondre dans le décor ?), tristes dentelles et résilles, les mains et le reste titillant le proverbial poteau. Voilà pour les chorégraphies.


Il y a de tout pour tout le monde dans Rock of Ages : jokes de mon’oncle, jokes de gais, jokes ethniques, parfois les trois en même temps. Il y a même de la boisson. Dans la salle inclinée du théâtre Saint-Denis, on buvait des gobelets de bière en fût, histoire de faire un peu plus « aréna ». Car l’intérêt de l’exercice réside, paraît-il, dans ce que les numéros se déroulent au rythme nostalgique de gros tubes chevelus de l’époque : Styx, Bon Jovi, Twisted Sisters, Europe, etc. Hélas, ces pots-pourris musico-narratifs platement arrangés sont livrés par une distribution de calibre très inégal. Shannon Mullen, qui joue l’ingénue, est par exemple constamment enterrée par les choeurs, en plus de fausser.


On cabotine, on décroche. Lors du numéro de clôture, les acteurs descendent dans les allées afin d’encourager le public à se lever. Bon moyen de s’assurer une ovation technique. Pressé que cela finisse, on suit la parade et on se lève de mauvais gré.