Théâtre - Trois livres de chair

Il faut louer le travail d’interprétation de Steve Gagnon, d’Édith Patenaude et de l’auteure elle-même, Anne-Marie Olivier, dans la pièce Scalpée.
Photo: Matthew Fournier Il faut louer le travail d’interprétation de Steve Gagnon, d’Édith Patenaude et de l’auteure elle-même, Anne-Marie Olivier, dans la pièce Scalpée.

Les courtes scènes présentées en ouverture de Scalpée, la nouvelle pièce d’Anne-Marie Olivier, semblent confirmer cette approche par la transe et l’apparition. L’auteure de Gros et détails et d’Annette plante là trois écorchés à la parole incandescente mais aux contours encore flous, aux liens d’abord imperceptibles.


Si la trame narrative déroute au départ, elle s’assagit progressivement, se psychologise par longs bouts, la plume de l’auteure vacillant comme à son habitude entre quotidienneté et poésie.


Là où Olivier rompt avec ses textes précédents, c’est en plongeant profondément dans le sang et les entrailles des hommes et de la terre. Un foireux de 20 ans prend la route lorsque lui sont révélées les origines mohawkes d’un père qu’il n’a jamais connu ; il se lie en chemin avec une guide de chasse portant l’enfant de celui qui la trompait. Restée seule, la mère du jeune homme subit un violent traumatisme physique et psychique. Souvent prenante, notamment grâce au travail d’interprétation de Steve Gagnon, d’Édith Patenaude et d’Anne-Marie Olivier elle-même, la partition trahit tout de même un jusqu’au-boutisme dans la douleur qui fleure la surenchère mouawadienne - filiation revendiquée, accordons-le.


Il faut louer dès lors le travail de mise en scène de Véronique Côté, qui a travaillé son matériau brut avec une grande délicatesse afin d’offrir des contrastes révélateurs et surprenants. Aucune scène ne cristallise mieux son fin travail de fond que cette étonnante initiation à l’éviscération du gibier, au cours de laquelle les jeunes amants éventrent leur lit pour en tirer les organes de la bête.


Cette image m’a rappelé, comme quelques autres éléments du spectacle, la lecture de La foi du braconnier de Marc Séguin. À l’instar du peintre-romancier, Olivier, Côté et leurs collaborateurs grattent et pansent à leur manière, parfois sauvage et parfois lumineuse, la plaie de la dépossession individuelle et collective, celle du corps comme celle du territoire.

 

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