Théâtre - Sauvez leur âme

Dans le spectacle dirigé avec vigueur par Sébastien Gauthier, la relation entre les deux frères se révèle l’élément le plus réussi.
Photo: Andrée-Anne Brunet Dans le spectacle dirigé avec vigueur par Sébastien Gauthier, la relation entre les deux frères se révèle l’élément le plus réussi.

On pourrait presque dire que L’Ouest solitaire est le pendant mâle de la puissante Reine de beauté de Leenane (montée à La Licorne en 2001). Dans ce dernier volet de la Trilogie de Leenane, le fielleux rapport mère-fille a fait place aux chicanes infantiles entre deux frères. Le ton semble plus léger, la couleur moins cruelle ou tragique, plus ludique et absurde.


Mais les deux pièces dépeignent une solitude à deux au sein d’une féroce cohabitation familiale, une absence d’horizon sur fond de misère culturelle et sociale. La principale occupation de ces deux hillbillies oisifs se résume à se chamailler sans relâche… et à boire l’alcool trafiqué que leur vend une ado (Marie-Ève Milot), enamourée du curé, un alcoolique en crise de foi (Frédéric-Antoine Guimond). Incapable d’inculquer un sens moral à ses paroissiens, celui-ci bat sa coulpe sans merci.


Cet affrontement fratricide a donc lieu sous le regard totalement impuissant de la religion. Les thèmes (culpabilité, rédemption, pardon) et les symboles catholiques ne manquent pas dans cette histoire à la Caïn et Abel. Valene a beau être terriblement attaché à sa collection de figurines de saints, son frère et lui ignorent complètement les préceptes religieux. Et quand ils finissent par s’avouer mutuellement leurs fautes, ces mauvais tours qu’ils ont fait subir à l’autre, ils considèrent d’abord cette confession comme « un bon jeu ». Il faut voir cette drôle de parodie du rituel catholique, où le pardon est vidé de son sens…


La collision brutalité- humour, chère à McDonagh, est bien servie ici par la traduction crue de Fanny Britt. De même, la scénographie et les costumes signés par Julie-Christina Picher donnent une assise réaliste bien campée à cet univers.


Dans le spectacle dirigé avec vigueur par Sébastien Gauthier, la relation entre les deux frères se révèle l’élément le plus réussi. Grâce au jeu de Marc-André Thibault et Lucien Bergeron, d’un grand naturel. Ils forment une paire aussi désopilante que pathétique. Et ils sont malgré tout attachants, car dans ces disputes insensées, dont on devine qu’elles n’auront pas de fin, ces personnages en mal de repère moral et de sens à leur vie voient une preuve d’amour…


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Collaboratrice

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