Blessures de guerre

Jean-Philippe Baril Guérard
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jean-Philippe Baril Guérard

À 24 ans, après plusieurs contes urbains pour adultes avertis, mais aussi Baiseries, une pièce sur la sexualité de sa génération, Jean-Philippe Baril Guérard s’intéresse aux séquelles de la guerre dans Warwick, une pièce défendue par onze finissants de l’École de théâtre du cégep de Saint-Hyacinthe et mise en scène par Michel-Maxime Legault.

 

Une fois de plus, c’est l’actualité, la rumeur médiatique, qui a poussé le jeune homme à écrire. « Je lis constamment les journaux. C’est ma principale source d’inspiration. Cette fois, c’est l’histoire de Frédéric Couture qui a servi de déclencheur. En 2006, en Afghanistan, le soldat de 21 ans a marché sur une mine antipersonnel. Sa jambe gauche a dû être partiellement amputée. On pensait qu’il réagissait bien à la situation, mais, en 2007, moins d’un an après son retour au pays, il s’est suicidé. C’est juste un an plus tard, après une commission d’enquête, qu’on a appris que Couture avait tenté de se suicider dans les minutes qui ont suivi l’accident en Afghanistan et que ce sont ses collègues qui lui avaient retiré l’arme des mains. »

 

Dans cette histoire, il y a anguille sous roche. L’armée est indéniablement douée pour la dissimulation, la falsification et la manipulation de l’information. Comme l’itinérance ou le choc post-traumatique, le suicide est une réalité qui n’est pas tout à fait admise par la sphère militaire, quand elle n’est pas carrément occultée. « En 2012, dans l’armée américaine, il y a eu plus de suicides que de morts au combat, rappelle Baril Guérard. Il faut arrêter de nier l’importance de ce phénomène. Comment des gouvernements aussi militaristes que ceux du Canada et des États-Unis peuvent-ils respecter si peu leurs militaires ? Ce qu’on exige de ces hommes et femmes est tellement énorme ! »

 

L’auteur, qui ne cache pas son admiration pour le théâtre documentaire de la compagnie Porte Parole, celle qui nous a notamment donné Sexy béton et Grain(s), a fait pas mal de recherche pour nourrir sa pièce, entre autres en visionnant de nombreux films, de The Messenger, une fiction de l’Israélien Oren Moverman, à Armadillo, un documentaire du Danois Janus Metz Pedersen. Il est même allé jusqu’à rencontrer un officier des affaires publiques des Forces canadiennes.

 

La vie d’après

 

Dans le petit village de Warwick, le soldat Hubert Fontaine revient d’Afghanistan, victime d’un accident qui l’a laissé paraplégique et dans lequel son meilleur ami a perdu la vie. Entre ses vieux chums et lui, un fossé s’est creusé, la communication ne semble plus possible. Une existence normale peut-elle vraiment reprendre son cours ?

 

« Il ne faut pas perdre de vue que la pièce se penche sur une histoire parmi des tas d’histoires du même type, explique l’auteur. On ne pourra jamais comprendre quelqu’un qui a connu la guerre. Pas plus que quelqu’un qui revient chez lui paraplégique ne pourra véritablement partager les préoccupations de ses amis et accorder de l’importance à leurs petits drames. Cela dit, il y a des amis d’enfance avec lesquels on finit par couper les ponts tout simplement parce qu’on réalise qu’on a en fin de compte peu de choses en commun. Dans la pièce, c’est plus grave encore, parce que le personnage principal fait ce constat au moment même où il a le plus besoin de ses amis. Reste qu’il y a quelque chose de drôle dans cet entrechoquement entre deux réalités, et je trouvais essentiel de ne pas évacuer cette dimension. Je continue à croire que la meilleure façon de toucher, c’est d’employer l’humour. »

 

Dans cette histoire, le mensonge s’insinue partout. Pour ne pas ébranler Hubert, on ne cesse de lui dissimuler la vérité. Lui-même, pour ne pas inquiéter ses amis et les membres de sa famille, est poussé à leur mentir sur sa condition ou son état d’esprit. « Toute vérité n’est pas bonne à dire, lance Baril Guérard. Peut-être. Ça arrive à tout le monde de cacher des informations ou d’amoindrir l’importance d’une situation afin de protéger un ami. Mais jusqu’où peut-on mentir pour faire le bien de quelqu’un ? »

 

 

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