Rémy Girard plonge dans le Marseille de Pagnol

Comme plusieurs, c’est par le cinéma de Pagnol que Rémy Girard a découvert Marseille et son vieux port.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Comme plusieurs, c’est par le cinéma de Pagnol que Rémy Girard a découvert Marseille et son vieux port.

Avant d’animer, le 17 mars prochain, la 15e Soirée des Jutra, mais aussi avant d’apparaître, le 26 juillet, sur plusieurs des grands écrans de la province dans Hot Dog, une comédie dramatique de Marc-André Lavoie (Bluff), Rémy Girard tient au Théâtre du Rideau vert le rôle de César dans Marius et Fanny, une contraction des deux premiers volets de la célèbre trilogie marseillaise de Marcel Pagnol. C’est Normand Chouinard, son vieux complice, avec qui il a monté Feydeau et Jarry, joué Beckett et Cervantès, qui assure la mise en scène.


« Il fallait bien que j’attende d’avoir l’âge du personnage ! », lance le comédien de 62 ans après avoir révélé qu’il y a longtemps qu’il rêve de jouer César, le père du jeune Marius, un homme aussi attachant que détestable incarné au cinéma, au début des années 1930, par le grand Raimu. « Quand Denise Filiatrault, qui avait elle-même monté Marius et Fanny au festival Juste pour rire il y a 20 ans, a entendu dire que Normand et moi cherchions un endroit où se mesurer aux deux pièces, elle nous a tout de suite ouvert les portes de son théâtre. »


Rappelons qu’en 1993, Roger Joubert, décédé en 2010, interprétait César, Macha Limonchik, Fanny, et Jean Petitclerc, Marius. En 2013, c’est François-Xavier Dufour, déjà bien connu des amateurs de théâtre, qui sera Marius, et Marie-Pier Labrecque, sortie de l’École nationale de théâtre en 2011, qui jouera Fanny, la petite marchande de coquillages.


Comme plusieurs, c’est par le cinéma de Pagnol que Rémy Girard a découvert Marseille et son vieux port, qu’il est tombé en amour avec le sud de la France et sa culture. « L’accent ne cesse de me fasciner. Ce rythme, cette musique. Sans parler de la langue, qui est exceptionnellement belle. Il y a une poésie, des images extraordinaires. Pour un comédien, c’est un plaisir immense de dire ces répliques. À vrai dire, j’ai toujours eu un faible pour la Provence. J’y suis allé souvent. J’y ai même vécu tout un été. Il faut savoir qu’il y a une authentique culture provençale. Une fierté. Non seulement envers l’accent et la langue provençale, mais aussi dans le caractère sanguin des gens. Ça n’a rien à voir avec l’esprit cartésien français. On sent indéniablement la proximité avec l’Espagne et la Corse. »


Un parangon de mauvaise foi


« Le risque, quand on joue César, c’est d’en faire quelqu’un de trop bougon, explique Rémy Girard. C’est un être très sensible et qui a beaucoup de pudeur à montrer ses émotions. Des fois, ce qu’il cherche à dire sort tout croche, surtout avec son fils, pour qui il a un amour immense, démesuré. C’est un père protecteur, un homme veuf qui a élevé son garçon seul. Il est à la fois le père et la mère, un peu comme moi avec mon fils. C’est donc cette maladresse qu’il faut jouer, et non seulement son côté entêté. Reste que l’homme impose beaucoup ses choix. Il veut que son fils suive ses traces et qu’il reprenne le Bar de la Marine, alors que Marius est comme en prison derrière le comptoir et qu’il ressent très vivement l’appel de la mer. En somme, quand vient le temps de faire valoir son point de vue et ses intérêts, César est un temple et même un parangon de mauvaise foi. C’est ce qui fait le côté éminemment comique du personnage, et qui le rend si amusant à jouer. »


Humble, Rémy Girard tient à attirer notre attention sur un autre des personnages de la pièce, ce cher Monsieur Brun, le vérificateur des douanes venu de Lyon, qui sera incarné par Jean Marchand. « C’est un peu le représentant de Pagnol dans la pièce. Il ne juge pas les autres protagonistes, il paraît même les aimer, mais il les observe avec une certaine distance, commente leurs actions avec beaucoup de justesse, va jusqu’à les mettre face à leurs contradictions. Monsieur Brun a le tour de se faire entendre par César sans susciter sa colère. On sent qu’il le respecte beaucoup. »


Ces deux pièces de Pagnol, des comédies romantiques remplies de bons mots et de bons sentiments, où on rit beaucoup, mais qui finissent aussi par prendre une tournure dramatique, pour ne pas dire mélodramatique, on serait en droit de se demander ce qu’elles ont comme pertinence en regard de notre époque. Rémy Girard a sa petite idée là-dessus.


« Je trouve que François-Xavier Dufour et Marie-Pier Labrecque jouent Marius et Fanny de manière très moderne. Probablement parce qu’ils ont moins en tête les films, qu’ils sont moins empêtrés dans le folklore et le romantisme exacerbé ! Ils jouent avec une totale franchise, sans détour, dans l’intention et dans le moment présent. Ça nous fait découvrir l’histoire d’une fille prête à faire sa vie avec celui qu’elle aime et d’un gars qui est incapable d’en faire autant. Ce genre de gars, inapte à s’engager, mais en même temps très honnête sur ses limites, j’ai le sentiment que ça court les rues en ce moment ! C’est pourquoi j’estime que les jeunes qui assisteront à la pièce vont vraiment se reconnaître dans ces deux personnages. »


 

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