À hauteur d’enfant

Les prix, la pionnière du théâtre jeunesse Suzanne Lebeau les collectionne depuis qu’elle a fondé la compagnie Le Carrousel avec son complice Gervais Gaudreault en 1975.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les prix, la pionnière du théâtre jeunesse Suzanne Lebeau les collectionne depuis qu’elle a fondé la compagnie Le Carrousel avec son complice Gervais Gaudreault en 1975.

Ses textes conquièrent les scènes du monde comme ceux de Denis Marleau et de Robert Lepage. Mais à hauteur d’enfant. Suzanne Lebeau, pionnière du théâtre jeunesse au pays, remporte le prestigieux prix RIDEAU hommage.

Les prix, elle les collectionne depuis qu’elle a fondé la compagnie Le Carrousel avec son complice Gervais Gaudreault en 1975. Quatre fois finaliste au Prix du Gouverneur général, qu’elle remporte finalement avec Le bruit des os qui craquent en 2009, elle reçoit aussi le prix Athanase-David en 2010. Entre d’autres récompenses étrangères aussi.


« Chaque prix a sa charge de plaisir personnel, mais ce prix est beaucoup plus. Je le reçois comme un prix donné à une équipe et à une pratique, qui a l’habitude de travailler dans l’ombre, a-t-elle confié au Devoir mardi quelques heures avant l’annonce officielle. C’est sortir de l’ombre par la grande porte. »


Les vieux enfants, aujourd’hui adultes, se souviennent peut-être d’Une lune entre deux maisons, qui a littéralement ouvert la voie, au pays, à l’écriture scénique dédiée à la petite enfance, en 1979. « C’est le premier texte qui a changé ma manière d’aborder l’écriture pour jeunes publics. Je me suis assise avec les enfants par terre et j’ai essayé de regarder le monde à la hauteur de leur regard. »


Plus récemment, Le bruit des os qui craquent a chaviré publics et critiques en abordant la réalité des enfants soldats. Une pièce qui a même fait le saut du côté des grands au Théâtre d’Aujourd’hui, grand moment de bonheur pour cette dame qui veut décloisonner les publics. Au total, elle a écrit plus de 25 pièces, dont 18 pour Le Carrousel. Elle travaille actuellement sur sa plus récente création, Gretel et Hansel, qui aborde la jalousie fraternelle.


« Je n’écris plus du tout comme il y a 40 ans, dit-elle, citant les pièces L’ogrelet et Gil, outre Une lune entre deux maisons, comme moments charnières de cette transformation. Je fais plus confiance à mon intuition, à l’intelligence des enfants, à leur force morale, à leur pouvoir de comprendre. »


Ses oeuvres, traduites dans 20 langues, circulent beaucoup à l’étranger et largement sur les scènes du Québec. C’est d’ailleurs ce rayonnement que salue RIDEAU (Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis) avec ce prix, le plus prestigieux remis à un artiste lors du gala annuel, qui se tiendra le 21 février au Capitole de Québec. RIDEAU regroupe 160 organismes de diffusion, qui assurent la programmation en arts de la scène de plus de 300 salles de spectacles partout au Québec et en francophonie canadienne.


« La diffusion à l’étranger, c’est très stimulant pour un créateur parce qu’on rencontre d’autres cultures, mais le plus important, c’est la diffusion chez soi, dit celle qui fut la première Québécoise à voir une de ses pièces montées à la Comédie-Française en 2010. Tout le travail de médiation, je le fais toujours ici. Il est fondamental ; sans lui, on ne rejoint pas les enfants. »