Théâtre à Montréal - De jeunesse, de pouvoir et de politique

Cinq visages pour Camille Brunelle, de Guillaume Corbeil, dessine l’identité éclatée de la génération des médias sociaux.
Photo: Maxime Leduc Cinq visages pour Camille Brunelle, de Guillaume Corbeil, dessine l’identité éclatée de la génération des médias sociaux.

De l’Antiquité à la génération Y : c’est le parcours contrasté que proposera cette saison prolifère. Actualité oblige, donnons la priorité aux jeunes voix. Précédé par une rumeur favorable, Cinq visages pour Camille Brunelle, de Guillaume Corbeil, dessine l’identité éclatée de la génération des médias sociaux. Claude Poissant dirige cette création attendue du PÀP à l’Espace GO, fin février.


Sébastien David avait créé une belle surprise avec En attendant Gaudreault. Vivement la suite : Les morb(y)des, monté par Gaétan Paré et mettant en vedette Kathleen Fortin. En mars, au Quat’Sous.


En avril, l’audacieux Marc Beaupré pose sa griffe sur Ce samedi, il pleuvait, d’Annick Lefebvre, qualifié de texte coup-de-poing par l’équipe des Écuries. Créée peu avant au Théâtre de la Colline à Paris, la nouvelle oeuvre de Sarah Berthiaume, Yukonstyle, prend l’affiche dans une mise en scène de Martin Faucher. Toujours au Théâtre d’Aujourd’hui, Olivier Kemeid plonge dans ses racines avec son Furieux et désespérés, campé dans une Égypte en ébullition. La production réunit une fort belle distribution, dès le 19 février.

 

Histoire et politique


Avec Mommy, en février, Olivier Choinière promet un intrigant « théâtre rap-politique », décapant la nostalgie du passé. Notons que les Écuries présentent également, début mars, Bliss, version anglaise du délicieux Félicité, signée par le Torontois Steven McCarthy.


Dans la même langue, on surveillera Waiting for the Barbarians, où Alexandre Marine adapte le thriller politique du nobélisé J. M. Coetzee. Fin janvier, au Centre Segal.


Au Nouveau Théâtre expérimental, Alexis Martin poursuit sa trilogie historique, cette fois sur notre rapport aux cours d’eau, avec Les chemins qui marchent. L’Espace libre accueille Scalpée, où Anne-Marie Olivier tisse une recherche identitaire sur fond de crise d’Oka, un événement plutôt absent de nos scènes… Cette salle engagée propose aussi, en juin, la première aventure de l’Action terroriste socialement acceptable dans un lieu théâtral : Se mettre dans l’eau chaude.


À la salle Jean-Claude Germain, en février, Sorel-Tracy, création d’Emmanuel Reichenbach, risque de défouler les citoyens en satirisant la politique municipale. À la fin du mois, à l’Usine C, Denis Lavalou nous invite à découvrir un triple portrait du philosophe de La désobéissance civile : Les hivers de grâce de Henry David Thoreau.

 

Répertoire royal


Les figures de pouvoir sont aussi à l’honneur des classiques. Outre son inaugural Le roi se meurt, le Théâtre du Nouveau Monde met en vedette une autre tête couronnée : Jocaste reine, où l’écrivaine Nancy Huston revisite le récit d’Oedipe selon la perspective de sa femme (Louise Marleau).


Les auteurs antiques inspirent tout autant Louis-Karl Tremblay, qui se lance dans l’adaptation contemporaine des Atrides. À l’église Saint-Jean-Baptiste, à la mi-avril.


Dans Fatal, Jean Asselin condense l’imposante trilogie Henri VI, jouée notamment par Sylvie Moreau et Paul Ahmarani. Parlant de Shakespeare, les curieux pourront découvrir cette semaine aux Écuries la compagnie française L’unijambiste, où Richard III est incarné à la fois par un acteur, un rappeur et un guitariste…

 

Répertoire québécois


Après le triomphe de Belles-soeurs, voici une seconde pièce de Tremblay, version musicale : Maude Guérin portera Le chant de sainte Carmen de la Main, fin avril, au TNM.


Auparavant, René Richard Cyr aura remonté Avec Norm, de Serge Boucher, au Rideau vert. Benoît McGinnis y reprend son rôle, au sein d’une distribution à moitié renouvelée.


Duceppe mise aussi sur une valeur sûre : Les muses orphelines, sous la houlette de Martine Beaulne, qui y dirigera Maxime Denommée et Macha Limonchik.


Salle Fred-Barry, Frédéric Dubois présente À quelle heure on meurt ?, l’univers ducharmien rassemblé par Martin Faucher.

 

Paroles de femmes


L’Espace GO fait place aux voix féminines. D’abord à l’Allemande Dea Loher (Manhattan Medea). Dans Le dernier feu, Denis Marleau et Stéphanie Jasmin sont aux commandes d’une forte équipe.


L’artiste en résidence, Sophie Cadieux, passera quelques jours Au lit avec Virginia (Woolf). Avant de présenter son attendu La fureur de ce que je pense, inspiré des écrits de Nelly Arcan, en avril.

 

Invasion du Royaume-Uni


Au Prospero, Des couteaux dans les poules fait miroiter une rencontre très prometteuse entre la metteuse en scène Catherine Vidal et l’Écossais David Harrower, auteur du troublant Blackbird.


Fidèle à sa filière britannique, La Licorne met au programme l’excellent Dennis Kelly (Orphelins) pour la troisième fois. Amour/argent se penche sur l’importance des billets verts dans nos vies. C’est sans compter le prometteur Pervers et la reprise des pièces de David Greig, Yellow Moon et Midsummer.


Une curiosité chez Denise-Pelletier : une adaptation de Frankenstein, où deux comédiens s’échangent les rôles principaux…


En terminant, on ne peut passer sous silence le 40e anniversaire des Deux Mondes. La compagnie nomade célèbre par deux spectacles aux Écuries : Carnets de voyages et, en anglais, Gold Mountain.


 

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