Théâtre à Québec - Un hiver en deux teintes

Frankenstein est présentée au Trident.
Photo: Jasmin Robitaille Frankenstein est présentée au Trident.

Il y aura des noms récurrents sur les scènes de la Vieille Capitale, cet hiver : le comédien Étienne Pilon, qu’on ne voit pas si souvent de ce côté de l’autoroute 20 ; le metteur en scène Alexandre Fecteau, qui poursuit son ascension fulgurante ; l’auteur Michel Marc Bouchard, dont les mots se feront entendre deux fois plutôt qu’une. Dans le coin droit, les incontournables et la grande visite ; dans le coin gauche, les dramaturgies éclatées, oniriques et fantaisistes.

 

Sur les marquises


Des incontournables, vous dites ? Oui, monsieur. Et comment diable ces spectacles méritent-ils ce titre ? Parce que leurs auteurs ont fait leurs preuves, comme le très acclamé Philippe Ducros, de retour au Périscope avec L’affiche, exploration nuancée mais fiévreuse du conflit israélo-palestinien. C’est notamment là que vous verrez briller Étienne Pilon, comédien à l’énergie sauvage, qui est également en tête d’affiche de Frankenstein, au Trident, avec Christian Michaud.


Plus tard, dans la saison du Périscope, les drag queens de Changing Room, le docufiction d’Alexandre Fecteau, reviennent se raconter sans faux-fuyants. À quelques pas de là, Fecteau fait son entrée au Trident, où il met en scène Rhinocéros, d’Eugène Ionesco. Le discours anticonformiste de Bérenger contre tous les totalitarismes sera ici envisagé à l’aune de notre époque consumériste et consensuelle.


La visite européenne n’est pas si fréquente en saison régulière à Québec, alors on déroule le tapis rouge pour accueillir à la salle Multi le collectif anglo-allemand Gob Squad, orchestrateurs d’une symbiose déjantée entre cinéma et théâtre avec leur Gob Squad’s Kitchen (You’ve Never Had It So Good). On est aussi curieux de voir chez Premier Acte une nouvelle incarnation de Trainspotting, après le roman-culte d’Irvine Welsh et le film de Danny Boyle.


Ici et là, de grands textes, plus classiques, réjouiront les oreilles : Britannicus, de Racine, et Hamlet, de Shakespeare, à la Bordée, et deux drames de Michel Marc Bouchard à la salle Albert-Rousseau : Christine, la reine-garçon et Les muses orphelines.

 

Dans le coin rebelle


Des spectacles festifs, baroques, indociles, en voulez-vous ? Chez Premier Acte, Fabien Cloutier met en scène un texte de Jean-Philippe Lehoux, Le bras canadien et autres vanités, où se rencontrent une galerie de personnages barjots mais lucides se consacrant à l’observation amusée de la modernité. Au Trident, en fin de saison, Freud débarque dans les cabarets jazzés des années trente dans un spectacle de marionnettes créé en 1999 mais qui n’a pas pris une ride, Les enrobantes : cabaret décolleté pour psychanalyste plongeant.


À Québec, les marionnettes sont d’ailleurs reines, et ceux qui n’ont pas encore découvert les possibilités du castelet électronique du laboratoire LANTISS de l’Université Laval se précipiteront chez Premier Acte en février pour voir Le voyage de Tchékhov à Sakhaline.


À la salle Multi du complexe Méduse, Daniel Danis poursuit un nouveau cycle d’explorations interdisciplinaires et remet en question les codes du récit à partir d’une perspective onirique dans L’enfant lunaire. Le rêve et sa logique décalée sont également au coeur de la démarche de Raphaël Posadas, auteur et metteur en scène de la pièce Le « K » Buster, qui explore différents niveaux de réalité et d’imaginaire à partir de la figure mythique de Buster Keaton. Chez Premier Acte.


Au Périscope en mars, Jean-Philippe Joubert se penche sur la tyrannie de l’image dans Semblance, spectacle qui porte un regard critique sur notre société du paraître, tout en provoquant une rencontre que l’on espère féconde entre le théâtre et la photographie.


 

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