Spectacle - Un pour tous…

Réglé comme du papier à musique, l’ensemble défile à bon rythme et n’accuse de baisses de régime qu’au milieu de la seconde partie.
Photo: Doug Blemker Réglé comme du papier à musique, l’ensemble défile à bon rythme et n’accuse de baisses de régime qu’au milieu de la seconde partie.

La petite ville minière de Easington, dans le comté de Durham en Angleterre, en 1984. Dans la salle paroissiale, les travailleurs viennent de voter la grève pour protester contre la décision du gouvernement Thatcher de fermer les deux tiers des mines de charbon du pays. Euphorie passagère. Puis, les gens partent en essayant de se donner un air confiant. Laissé derrière, le jeune Billy, 11 ans, enfile ses gants de boxe. Dans le local, l’heure de l’entraînement a sonné. Parce qu’il traîne la patte, il assiste ensuite à la classe de ballet de Mrs Wilkinson. Billy a alors une révélation : il sera danseur ! Et papa et frérot de secouer la tête de concert, accablés par ce rêve incompréhensible et par la grève qui s’étire. Inspiré par le succès cinématographique de 2000, Billy Elliot the Musical a eu sa première montréalaise à la Place des Arts mardi soir.

Le film de Stephen Daldry durait 1 h 50. Le spectacle, mis en musique par sir Elton John, affiche 165 minutes au compteur. Or, cet accroissement de la durée n’a pas servi qu’à accommoder l’ajout de numéros chantés et dansés. D’entrée de jeu, le contexte sociohistorique est campé. Et on y revient, et on le creuse, bien plus que dans le film, notamment lors de Angry Dance, dont les arrangements colériques évoquent The Clash. Au retour de l’entracte, les célébrations tristounettes de Noël donnent lieu à un Merry Christmas, Maggie Thatcher vindicatif entonné par la population découragée. De fait, la communauté, qui officie à la fois aux choeurs et à la figuration, est très présente et fournit un arrière-plan vibrant à l’intrigue.


Une base solide


Au rayon des acquis, l’essentiel de ce qui fit le charme et la réussite de l’histoire originale fut préservé, y compris le langage de charretier (accent du Nord-Est inclus). Ça fume, ça boit, ça s’envoie promener ; fusent les fuck off et les dickhead, parfois de la bouche des enfants, souvent de celle de la professeure de ballet de Billy, Mrs Wilkinson. Créé au cinéma par la grande Julie Walters, le rôle est ici défendu par Janet Dickinson, qui fait flèche de tout bois. D’une autorité naturelle, sa performance dramatique et vocale donne à l’ensemble une bonne partie de son sel. Entre truculence blasée et superbe flétrie, le personnage offre un rempart au petit protagoniste qui, orphelin de mère, a bien besoin de ce giron-là.


Et Billy dans tout ça ? Noah Parets possède certainement l’agilité requise, et ses prouesses techniques tardives éblouissent (une ovation spontanée eut lieu), mais pour le charisme, ce n’est pas tout à fait ça. Heureusement, la solidité intrinsèque du rôle prévaut.


Une production rodée


Réglé comme du papier à musique, l’ensemble défile à bon rythme et n’accuse de baisses de régime qu’au milieu de la seconde partie. Très ingénieuse, la mise en scène (signée Stephen Daldry) s’appuie sur un décor unique polyvalent, avec cloisons à tiroirs et appendices amovibles, lesquels se déploient en îlots afin d’évoquer une pièce, voire un lieu. Quant aux paroles des chansons composées par Lee Hall, scénariste du film, elles récupèrent et réassemblent la quasi-entièreté des dialogues originaux.


Billy Elliot the Musical célèbre la différence (pas nécessairement celle que l’on croit) et la poursuite du rêve, en plus de faire l’éloge de la confiance en soi. Le message est édifiant, certes, mais la robustesse de l’humour barre la route à toute forme de mièvrerie, idem pour le drame, qui évite (parfois de justesse) la guimauve. Fort de son commentaire social assumé, le spectacle propose par ailleurs un dénouement plus doux-amer que celui du film. À la fin, seul à l’avant-scène, Billy s’apprête à s’élever dans le monde, mais à l’arrière-scène, c’est toute une population solidarisée autour de son rêve qui s’apprête à redescendre sous terre, ses espoirs, à elle, brisés.

Les représentations se poursuivent jusqu'au 13 janvier.