Théâtre - À droite toute!

C’est la troisième année que le Théâtre du Party Chinois débarque à l’Espace Libre à quelques jours de Noël avec son irrévérence, son irrespect et sa désinvolture, tirant sur tout ce qui bouge dans un cabaret de Noël décapant, inégal et profondément indocile, mais toujours sympathique. François Bernier et Guillaume Girard, grands manitous de la soirée, ont un humour insolent, railleur et féroce, qui dépasse souvent les limites du bon goût. Mais c’est précisément pour ça que leur cabaret se démarque des spectacles mielleux du temps des Fêtes ou des consensuelles revues de l’année. Et ce, même s’ils sont parfois puérils et cabotins et qu’ils usent de certaines facilités. Ils sont aussi intelligents, engagés, et ils pratiquent l’ironie avec beaucoup d’intelligence.

Cette année, ils s’assument. Devant une foule de spectateurs de théâtre campés à gauche, « probablement tous des barbus et des ex-hippies qui sentent le patchouli à plein nez », ils révèlent leur vraie nature : ils sont à droite. Noël c’est la fête du commerce. Tant pis pour les gauchistes qui veulent en profiter pour sauver la Terre et offrir de l’artisanat en cadeau à leurs proches. « Vous autres les carrés rouges, disent-ils, vous êtes pauvres, on comprend que vous soyez de gauche, mais nous on veut juste acheter plus d’affaires. » Y’a pas à dire, le Théâtre du Party Chinois est bien de son temps. À droite toute. Et que tout soit accessible, rentable, grand public, émouvant. Après tout, ça a été une dure année pour les gens de droite, avec toutes ces manifestations de gauchistes et ces ponts bloqués.


Passons sur le concept téléréalité, qui parsème maladroitement la soirée. S’en moquer est devenu très convenu. Mais de manière générale, même si les numéros ont été visiblement préparés à la bonne franquette et qu’ils ne passeront pas à l’histoire, ils mettent en lumière, de manière gentiment grinçante, les limites du discours droitiste qui ne valorise que la liberté de marché. Tout en soulignant le caractère séduisant d’une telle pensée.


Ainsi débarqueront sur scène des artistes handicapés de l’école Les Muses, accueillis avec suspicion par les hôtes de la soirée en complet-cravate. Sûrement pas rentables ceux-là. Ainsi se pavanera un couple (Delphine Bienvenu et Frédéric Paquet) faussement préoccupé par la misère des pauvres, venu offrir aux miséreux une chanson de Noël dont les doubles sens en disent long sur leur « richesse » intellectuelle. Puis montera sur scène un ex-membre d’un groupe punk-rock (Guillaume Beauregard, des Vulgaires Machins), devenu l’humoriste s’acharnant sur Biz, de Loco Locass, et ses liens avec l’empire Québecor. Et ainsi de suite.


Au moment de mettre sous presse, à quelques minutes de l’entracte, on en était là. Au deuxième étage, la dinde cuisait et répandait ses effluves. Car c’est aussi ça le cabaret Dindes et farces : de la volaille pour les 200 spectateurs chaque soir. Ils sont à droite, mais pas « cheap », ces Bernier-Girard.


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Collaborateur