Théâtre - Noir délire

Qui ne connaît pas la création du Splendid ? Cette parodie cauchemardesque d’un réveillon des Fêtes, avec ses cadeaux hideux, sa gentillesse forcée. Et, surtout, la foncière solitude et le manque d’amour de ses personnages marginaux, que personne ne prend le temps de vraiment écouter, surtout pas les bénévoles d’un centre d’aide pour désespérés.

Avant le film, devenu culte par sa drôlerie et ses répliques d’une cruauté mordante, il y eut d’abord une courte pièce. Comportant des divergences notables. Le père Noël est une ordure, « la pièce », se déroule entièrement dans les bureaux de Détresse-Amitié, selon les règles d’unité classiques. Le personnage joué par Josiane Balasko n’existe pas. La dernière partie, surtout, avec certaines révélations et la finale tragique, paraît différente. Ajoutez que, sur scène, Le père Noël est une ordure trahit très clairement sa nature de boulevard, entrées impromptues, deux portes qui claquent et coups de théâtre compris. Mais un boulevard très noir, qui finirait par un véritable jeu de massacre.
 
Plus de trente ans après sa création, la pièce fait toujours son effet. Même si le spectacle pourrait être un peu plus enlevé que ce que propose cette première production de la petite troupe [La compagnie]. Le metteur en scène Benoit Ruel a plutôt choisi d’humaniser l’œuvre. La version théâtrale semble donner en effet davantage accès au drame des personnages pathétiques, avec moins de one-liners, et plus de monologues et de récits vers la fin. Mais la dimension dramatique a ses limites, vu la façon caricaturale dont les personnages sont écrits.
 
Ainsi, les scènes avec le voisin immigré, qui camoufle une détresse sous un entrain de façade, m’ont semblé simplement moins incisives. C’est avec le personnage de Katia que ce parti pris fonctionne le mieux, il me semble. Le travesti, campé par Alexandre Bergeron, finit par toucher. La séquence fantasmée, pendant sa danse avec Pierre — sur un classique d’Aznavour —, compte parmi les bonnes idées de la pièce.
 
Difficile de faire abstraction, pour une fan, des compositions légendaires du film maintes fois vu. Mais il serait particulièrement injuste de comparer l’interprétation inégale d’un soir de première à l’aisance d’acteurs qui avaient créé leur personnage. En général, la troupe déploie beaucoup d’énergie. Michel-Maxime Legault rend avec aplomb l’imperturbable Pierre. Le jeu naïf de Gabrielle Forcier rappelle irrésistiblement celui d’Anémone.
 
Enfin, notez qu’il vaut mieux s’asseoir au centre. Si la proximité avec les comédiens est intéressante, la disposition de la petite salle du Mainline entraîne la vue de certaines actions de dos. De mon siège, ça voulait dire par exemple rater la réaction de Pierre lorsqu’il découvre Katia, un classique…

Collaboratrice