De miel et de velours, avec un accent !

Dominique Pétin, Marie-Ève Pelletier et Geneviève Bilodeau forment le Brassières Shop.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Dominique Pétin, Marie-Ève Pelletier et Geneviève Bilodeau forment le Brassières Shop.

Trois comédiennes à nu sur une même scène. Trois amies complices, sans pudeur et sans reproche, habillées de leur seule voix. Mais quelles voix ! Si Dominique Pétin est l’accent circonflexe qui fouette le son, Geneviève Bilodeau incarne le velours qui l’habille tandis que Marie-Ève Pelletier évoque le miel qui les réunit. À trois, elles ont imaginé le Brassières Shop, Voix de poitrine, un tour de chant déjanté qui joue à la fois sur les terrains du théâtre et de la musique.


La scène théâtrale, elles connaissent. C’est là que leur amitié est née, en 2005, alors qu’elles jouaient La savetière prodigieuse au Théâtre du Nouveau Monde. La musique, presque autant. Geneviève Bilodeau a cofondé le groupe Ann Victor avec Martin Léon et lancé l’album Youpelaille ! en solo. Marie-Ève Pelletier a créé Rage de chant, un cabaret solo. Dominique Pétin sillonne quant à elle régulièrement le Québec avec le trio de jazz qui porte son nom. Ce qui ne les empêche pas de se sentir délicieusement en danger à la veille du grand soir prévu ce lundi au Quat’Sous.

 

Liberté de trio


Il faut dire que leur projet un peu fou est d’abord né d’un élan du coeur irrépressible, sans réfléchir, comme on se lance dans le vide. « On a eu le flash et on a tout de suite plongé sans même savoir si nos voix allaient s’accorder, se souvient Marie-Ève. Heureusement, comme Geneviève est plutôt basse, que je suis plutôt mezzo et que Dominique est soprano, il y a une harmonie naturelle. »


Mais chanter à trois s’est avéré plus ardu que prévu. « Aucune de nous ne joue d’un instrument, aucune ne maîtrise vraiment le solfège; notre base est vraiment minimale », dit Geneviève en rigolant. Qu’à cela ne tienne, les trois interprètes ont eu l’intelligence de bien s’entourer. Tous les arrangements vocaux ont été confiés à un pro, Jean-François Julien, et la mise en scène, à une vraie femme de théâtre, Marie-Josée Bastien, qui a eu pour tâche de tisser le fil narratif de cette improbable proposition.


« On s’est donné un vocabulaire musical, un rythme. On a aussi beaucoup nettoyé, raconte Marie-Ève. C’est sûr qu’il y a eu des deuils individuels à faire, mais on a gagné une réelle liberté de trio. » Musicalement parlant, toutes trois assurent être ressorties de l’exercice beaucoup plus aguerries. « Je découvre dans le son à trois voix une qualité d’écoute très particulière, remarque Dominique. Pour corriger le son, bien sûr, mais surtout pour obtenir ce beau son qui fait que, quand les trois voix se rencontrent, c’est toute la toune qui s’en trouve magnifiée. »

 

Simple boutade


Et le Brassières Shop dans tout ça ? Une simple boutade en écho à l’univers musical du Barbershop, composé d’harmonies masculines. Très vite, le trio toutefois a pris ses distances pour adopter des couleurs plus intimes, mieux senties. « On s’est dit que tout le monde arriverait avec la trame sonore de sa vie et qu’on pigerait là-dedans, raconte Geneviève. Ça a ravivé des souvenirs fous pas possibles. »


Une quinzaine de chansons ont émergé du lot. De grandes éternelles, insiste Dominique. « Les chansons qu’on a gardées ont toutes été choisies, soupesées, bichonnées et aimées à l’unanimité. » Ça va de Richard Desjardins à la trame sonore de Bagdad Café en passant par Damien Robitaille, Donna Summer ou France Gall. « C’est le vrai 7 à 77 ans, assure Marie-Ève. Ça fait cliché à dire, mais c’est vraiment un show pour tous. Et pour les hommes et pour les femmes. »


« Moi, j’aime bien résumer le Brassières Shop par “ voix de poitrine, voix de coeur ” », ajoute Geneviève. Mais attention, « on n’est pas là pour faire du joli, on est là pour faire du sens, prévient Dominique. C’est facile de faire de belles harmonies, c’est même souvent racoleur. Mais on ne veut pas de ça. Alors, oui, il arrive que des notes se frottent, mais on assume. »


Leur semaine au Quat’Sous, à l’invitation de son directeur, Éric Jean, vient concrétiser des années de travail dans l’ombre. C’est aussi la réalisation d’un rêve, qui, espèrent-elles, se poursuivra sur les routes du Québec. Le disque, par contre, elles n’y croient pas trop. « On est des filles de scène ; ce qu’on veut, c’est que ce show-là voyage », tranche Dominique.


Transporté par le printemps érable, le Brassières Shop mise aussi beaucoup sur l’authenticité et la transmission. « C’est ce que j’aime le plus là-dedans, on va présenter un spectacle bienveillant et sans cynisme. C’est tellement rare de nos jours qu’on fasse ce genre de proposition », se félicite Dominique, tandis que les deux autres opinent. À l’unisson.