Heureux les simples

Émilie Bibeau foule la scène du théâtre Jean-Duceppe pour une cinquième fois en dix ans de carrière.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Émilie Bibeau foule la scène du théâtre Jean-Duceppe pour une cinquième fois en dix ans de carrière.

Si les rôles d’Émilie Bibeau au théâtre cette saison se suivent de très près, il faut reconnaître qu’ils sont loin de se ressembler. Après Ce moment-là, la bouleversante tragédie familiale de Deirdre Kinahan orchestrée par Denis Bernard à La Licorne, et avant Furieux et désespérés, la nouvelle fresque sociopolitique d’Olivier Kemeid à l’affiche du Théâtre d’Aujourd’hui en février, on retrouve la rayonnante comédienne de 32 ans au coeur d’un pittoresque village ukrainien de la fin du XIXe siècle. Monique Duceppe met en scène Un village de fous, une comédie de l’États-Unien Neil Simon qui s’inscrit à merveille dans l’esprit du temps des Fêtes.


Pour Émilie Bibeau, qui foule la scène du théâtre Jean-Duceppe pour une cinquième fois en dix ans de carrière, et qui tient à garder une place de choix au théâtre dans un parcours qu’elle souhaite le plus diversifié possible, la compagnie est en quelque sorte un bercail. « J’ai un rapport très affectif à Duceppe, explique-t-elle. Ils sont très fidèles, traitent vraiment bien leurs acteurs et savent les valoriser. Il faut aussi dire qu’ils m’ont rapidement fait confiance. J’ai vécu sur cette scène plusieurs moments qui ont été marquants pour moi, comme jouer Michel Tremblay et Serge Boucher pour la première fois. En fait, je trouve chez Duceppe quelque chose de familial que j’apprécie beaucoup, quelque chose de traditionnel dans le sens le plus riche du terme. »

 

Braver le sort


Quand on lui parle de tout le sucre qu’on casse sur le dos de la maison et de ses choix artistiques qu’on qualifie souvent de conformistes, la comédienne répond sans ambages : « Je me préoccupe peu de ce que les gens peuvent penser du type de théâtre qu’on fait chez Duceppe. C’est un snobisme, des jugements rapides qui ne m’intéressent pas. Je trouve ça important qu’il y ait à Montréal toutes sortes de théâtres, des visions qui cohabitent et qui ont toutes une valeur. C’est cette diversité qui est riche. Pourquoi est-ce qu’il faudrait que le théâtre, à notre époque, se fasse d’une seule manière ? Que certains spectacles aient une portée sociale très forte, qu’ils soient engagés, c’est bien, c’est même très bien ; moi, j’adore ça. Mais pourquoi est-ce qu’il faudrait qu’il n’y ait que ça ? »


Créée sur Broadway en 1981 par Mike Nichols (le cinéaste à qui l’on doit notamment The Graduate), présentée une première fois chez Duceppe en 1984 sous la houlette de Gilbert Lepage, la pièce de Neil Simon, ici traduite par Benoit Girard, met en scène une petite communauté ayant perdu la raison, une gentille bourgade vivant sous l’emprise d’un sortilège jeté il y a deux siècles. L’arrivée de Léon, un instituteur de la grande ville campé par Antoine Durand, va bouleverser à jamais l’existence des villageois, à commencer par celle de Sophie, la belle ingénue incarnée par Émilie Bibeau.


Les autres personnages, truculents, sont interprétés par Yvan Benoit, Laurent Duceppe, Danielle Lépine, Pauline Martin et Claude Prégent. À ces hommes et ces femmes, le méchant comte Gregor (Luc Bourgeois) a tant répété qu’ils étaient fous qu’ils ont fini par le croire. Mais rassurez-vous, l’amour, une fois de plus, saura triompher. « Je trouve ça exaltant de jouer une jeune amoureuse, explique Bibeau. On vit dans une époque terriblement cynique, où les relations interpersonnelles sont tellement difficiles à établir de manière sereine. Je dois avouer que je prends mon pied à jouer le coup de foudre, l’amour pur, la candeur et la naïveté. »


En ce qui a trait au décor, on peut s’attendre à un petit village semblable à ceux qu’on retrouve au pied des arbres de Noël, à une suite de maisons aux proportions un peu improbables sous un ciel de carton-pâte.


Quant aux vêtements et aux chapeaux, colorés à souhait, ils seraient très inspirés des costumes traditionnels de l’Europe de l’Est. « C’est une fable, ni plus ni moins qu’un conte, explique Bibeau. C’est une histoire légère, divertissante, réjouissante, très drôle et baignée de musique. Ça parle d’amour, d’ouverture à l’autre et de bonté humaine. Ça s’adresse à toute la famille. Je pense vraiment que des enfants de douze ans et plus vont pouvoir communier à ce type de comique, au côté archétypal des personnages. »


Vous aurez compris que la pièce table sur un humour légèrement absurde et des ressorts comiques aussi anciens qu’efficaces. Nous sommes essentiellement là pour rire. Mais, si on veut vraiment voir plus loin que la surface, chercher du sens dans les interstices, on trouvera dans les aventures des habitants de ce microcosme les prémisses d’une réflexion sur le rapport entre les villes et les campagnes, sur l’importance de l’accès au savoir et sur les effets terriblement néfastes des tyrannies idéologiques.


 

Collaborateur

2 commentaires
  • Jacques Tremblay - Abonné 15 décembre 2012 13 h 32

    Une histoire originale?

    Bonjour M. Saint-Pierre,

    Cette histoire qui se passe en territoire ukrainien ressemble très étrangement à une autre qui se passe en territoire écossais. Le hasard a voulu que je regarde, hier, un vieux film datant de 1954 : «Brigadoon» de Vincente Minnelli qui mettait en vedette Gene Kelly, Cyd Charisse et Van Johnson L'histoire est adaptée d'une comédie musicale qui avait précédemment tenu l'affiche à Broadway pendant 4 ou 5 ans à partir de 1947. Allez voir ci-dessous:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Brigadoon_(film,_1954)


    Jacques Tremblay

  • Christian St-Pierre - Abonné 16 décembre 2012 22 h 08

    L'une des influences peut-être

    Bonjour M. Tremblay

    Il y a en effet des similitudes entre les deux récits, mais aussi de nombreuses différences importantes. Notamment la nature de la malédiction. Qui sait, Brigadoon a peut-être été l'une des influences de Neil Simon, mais on trouve à vrai dire dans Un village de fous de nombreuses évocations. On pense notamment à La Leçon, la pièce de Ionesco, mais aussi un peu à Tchekhov, pour les personnages et le contexte.

    Merci d'avoir pris le temps de partager votre découverte!