Théâtre - Le clown est triste

Dans La démesure d’une 32A, la comédienne Pascale Montpetit est caméléonesque à souhait.
Photo: Caroline Laberge Dans La démesure d’une 32A, la comédienne Pascale Montpetit est caméléonesque à souhait.

C’est Clémence elle-même, dans toute sa merveilleuse candeur, qui a reconnu l’évidence, en saluant le public à la fin de la première. L’attachante artiste s’est déclarée ravie de ne pas « se reconnaître » dans cette oeuvre théâtrale basée sur ses textes. On aurait souhaité partager son enthousiasme. Mais alors que l’Espace Go a été transformé en cabaret, une formule très conviviale, La démesure d’une 32A prend l’allure au contraire d’un objet hybride plutôt affecté, dont la froideur formaliste fait un peu barrière à la rencontre avec le spectateur.


Certes, la création révèle une Clémence qu’on connaît moins, mettant en lumière le versant plus sombre, mélancolique, de cette artiste née « d’un poète déçu et d’une mère fatiguée ». Mélange de compositions comiques et de textes poétiques, le spectacle trace un parcours accidenté tout en ruptures de ton, où les transitions ne coulent pas nécessairement de source. Entre des extraits d’une correspondance intime, hantés par le deuil et une peine d’amour, sa protagoniste erre sur scène d’une malle à une autre, y pêchant des costumes qui lui permettent de se métamorphoser en diverses incarnations savoureuses.


Comme toute créatrice, Brigitte Poupart a la licence de construire tout autre chose à partir de son matériel de départ. Mais l’esthétique léchée qu’elle a privilégiée - effets d’éclairage, projections à la beauté glacée - me semble desservir l’univers, riche en humanité, de Clémence DesRochers et tourner parfois à vide. Au traitement poétique distancié des lettres, je préfère ainsi la simplicité touchante du monologue final, plus naturel, qui évoque le souvenir d’Alfred DesRochers. Et il paraît un peu incongru d’utiliser des versions enregistrées des (très jolies) chansons d’Ariane Moffatt quand on dispose de musiciens et d’une interprète sur scène. Ces moments, pendant lesquels Pascale Montpetit semble réduite à faire du remplissage, créent une distance et font décrocher. Quand on lui en laisse la chance, la comédienne prouve qu’elle peut chanter.


L’excellente Pascale Montpetit, dont on connaît le don comique (sa nonne déploie un hilarant jeu physique), n’est d’ailleurs pas en cause. Caméléonesque à souhait, elle sait rendre la candeur de l’enfant ou la dimension ridicule de personnages qui apparaissent ici souvent aliénés. Leur auteure moque gentiment l’inconscience de celle qui dépouille sa maison de campagne de toute trace de nature, ou de la Voyageuse ignorante.


De l’inculture à l’empreinte contraignante de la religion, on voit combien les textes de Clémence témoignent aussi de notre société. Peu importe le sort réservé à ce spectacle-hommage, ce ne sera sûrement pas le dernier consacré à l’oeuvre de cette pionnière.


 

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