Théâtre - Les insolubles

La troupe du Mimésis a choisi un lieu audacieux pour planter son décor : le chœur de l’église de l’Immaculée-Conception.
Photo: Hugo B. Lefort La troupe du Mimésis a choisi un lieu audacieux pour planter son décor : le chœur de l’église de l’Immaculée-Conception.

Roch, William et Fred-Gilles forment une fratrie que complète leur soeur Noéma. Tous adoptés par le couple Durant, ces gamins ont assisté, impuissants, à la mort de leurs bienfaiteurs transpercés par un éclair. Farouchement indépendants, insolubles dans une société qui les juge insalubres, ils prennent soin de leur soeur revenue au bercail dans un état végétatif. Ce sont les protagonistes du Chant du Dire-Dire de Daniel Danis, dont la première version scénique remonte à 1998.

De leur côté, les acteurs Louis-Philippe Tremblay, Yves-Antoine Rivest et Guillaume Regaudie ont formé le Théâtre Le Mimésis et se sont adjoint le soutien de la comédienne Marie-France Bédard. Formés au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, les trois hommes ont déjà à leur actif une production du Chemin des Passes-Dangereuses de Michel Marc Bouchard, où ils incarnaient déjà un trio de frères.


Les petits Durant, plutôt cois durant leur enfance, ont bénéficié de la présence d’une étrange invention paternelle : le Dire-Dire, sorte de cône de cuivre ouvragé, déversoir des peines et des joies. De leur côté, Tremblay, Rivest et Regaudie, dirigés par Marc Béland, évitent le pur récitatif afin d’aborder le texte de Danis, où l’action reste essentiellement narrée, comme le feraient des conteurs. Outre quelques passages où la gestuelle se fait trop illustrative, leur capacité collective à tenir le public captif grâce à un jeu vif constitue la grande réussite de cette production.


Sans parents ni tuteurs, les Durant habitent leur maison qu’a jadis traversée la foudre. La troupe du Mimésis a quant à elle choisi un lieu audacieux pour planter son décor : le choeur de l’église de l’Immaculée-Conception. Si pénétrer dans cette enceinte donne à l’expérience théâtrale un caractère solennel, ses dimensions physiques et symboliques finissent par desservir théâtralement et dramatiquement la pièce. Difficile en effet de contrôler entre ces murs les réverbérations d’un écho pas toujours bienvenu. De plus, s’il y a bien du sacré chez Danis, il est à trouver dans les rites païens, avec le Dire-Dire comme gris-gris, davantage que dans l’institution religieuse. Si la parole est bien souveraine chez Danis, elle sonne moins liturgie qu’incantation.


Si le monde entre chez les Durant par la lucarne de la grosse télé offerte par les « municipiens » compatissants, le cadet William se méfie bien de cette divinité lumineuse qui n’émet selon lui que fiction, surtout lorsqu’elle prétend dire vrai ; il abhorre également la pure charlatanerie que l’on appelle « médecine ». Sur la tranchante arête de ces questions, le clan qui s’est baptisé « Société d’amour » va se déchiqueter littéralement les chairs avant de finalement faire front commun contre la horde idolâtre attirée par les prodiges de Noéma. La cohésion et la complémentarité scénique du jeune trio du Théâtre le Mimésis ne semblent pas souffrir des mêmes déchirements. Malgré la réserve exprimée sur le choix du lieu, leur plus récent opus incite à prêter l’oreille dans l’attente de leur prochaine prise de parole.

 

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