Théâtre - Tout ce qui s’élève

Le rideau se lève au Trident sur Tout ce qui tombe, de Véronique Côté, une pièce qui aborde les destins croisés de trois couples que l’amour rapproche et sépare. Le titre évoque la chute du mur de Berlin en 1989, mais il symbolise aussi tous les murs qui s’érigent là où l’ailleurs s’impose, le coeur vacille, l’abandon surgit, l’appel vers l’autre demeure sans réponse.

Ce très beau texte de la dramaturge, créé à la demande de Frédéric Dubois qui en signe la mise en scène, abolit les frontières du temps et de l’espace, progresse dans la simultanéité et l’éclatement, tout en préservant une unité de ton qui se dépose comme fine dentelle. En filigrane, la perte et le désir d’enfant, l’exil, la quête de soi, de l’autre, l’enracinement, les origines et la langue maternelle ou étrangère dans leurs bercements.


Les personnages évoluent sur un plateau au lustre sanguin, à peine surélevé, délimité par des cordages éclairés en rouge, avec en fond un écran légèrement incliné qui va au-delà du complément. Plus qu’un support à la traduction des échanges en langue allemande, les projections conçues par Lionel Arnould trouvent là un lieu où le texte est chorégraphié. Les mots chutent, s’envolent, se brouillent, se distancient, s’estompent, se dispersent, et adoptent la souplesse et le souffle des interprétations que livrent les acteurs.


Touchés par l’authenticité de l’éternelle errante qu’incarne Catherine-Amélie Côté, amusés par la très attachante Sophie que livre Édith Patenaude, on pénètre l’univers du couple que forment Benoît Maufette et Julianna Herzberg avec le sentiment qu’ils ne nous quitteront plus. On se laisse prendre par la langue, par la force du jeu d’Herzberg, sa présence et celles tout aussi solides de Maufette.


Alors que l’ensemble tend vers l’élévation, l’encombrement de l’espace scénique et la répétition des gestes du quotidien étonnent. Il y a soudain trop de tables, de vin, de café, de manteaux à enfiler, enlever, remettre, trop de baignoires, de salade, de nappes, de linge à plier/replier. Une façon d’illustrer l’étouffement, le manque d’air, mais la symbolique à laquelle aspirait sans doute Dubois, à force de répétition, se vide de son sens et la fluidité de l’ensemble en souffre.


Dans Tout ce qui tombe, il n’y aura jamais trop d’amour, de mots, de langue étrangère et d’acteurs pour porter ce qui s’élève.