Véronique Côté fait le saut en écriture

Véronique Côté: une auteure naissante, fragile et déterminée
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Véronique Côté: une auteure naissante, fragile et déterminée

Depuis sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 2002, Véronique Côté a consacré la majeure partie de son temps, de sa lumière et de son indéniable talent de comédienne à défendre les univers plus grands que nature de Wajdi Mouawad. Les spectacles Forêts et Temps l’ont mobilisée de 2006 à 2012. Metteure en scène à ses heures, Véronique Côté va créer en mars, à la Bordée, Scalpée, la nouvelle pièce d’Anne-Marie Olivier. Mais ce n’est pas avec la comédienne, pas plus qu’avec la metteure en scène que nous avons conversé. Au bout du fil, c’est l’auteure, naissante, fragile et pourtant déterminée qui a soigneusement répondu à nos questions.

« Quand j’arrive à écrire, explique la jeune femme, c’est que le désir devient plus grand que la peur. Disons que c’est une bataille qui n’est jamais finie. Et c’est ça qui est beau. Avoir une pratique artistique, c’est entretenir quelque chose qui n’est pas apaisé. C’est entretenir la part de soi qui est intranquille. Et l’endroit où je suis le plus intranquille, en ce moment, c’est en écriture. » Plus tôt cette année, Côté nous a donné Chaque automne j’ai envie de mourir, un livre publié aux éditions du Septentrion, 37 courts textes coécrits avec Steve Gagnon pour Où tu vas quand tu dors en marchant… ?, le parcours théâtral produit par le Carrefour international de théâtre. Ces jours-ci, la jeune femme fait face à la musique en solo. Sa première pièce, Tout ce qui tombe, est portée à la scène par Frédéric Dubois.


Pendant trois semaines, à l’été 2007, en compagnie de Julianna Herzberg, une comédienne allemande qui joue maintenant dans Tout ce qui tombe, Véronique Côté a parcouru de nombreux kilomètres de routes en Allemagne, en République tchèque, en Slovaquie et en Hongrie. « Frédéric Dubois et moi avons refait, avec Julianna, dans sa petite voiture, le voyage que sa famille avait fait quand ils ont fui la RDA peu de temps avant la chute du mur de Berlin. Durant le périple, je les ai beaucoup fait parler. J’ai été tellement touchée par toutes ces confessions que j’ai décidé de m’en inspirer pour écrire. »


C’est ainsi qu’a vu le jour une partition qui creuse la notion de murs. Les murs que l’on place entre les pays, les territoires, les continents, mais aussi entre les êtres et les époques.


La pièce entrelace habilement les histoires et les destins, aborde l’amour et le désir, l’engagement, la filiation et l’identité. Bien que le sentiment amoureux y soit constamment mis à l’épreuve, on ne sombre jamais dans le sentimentalisme. « J’ai longtemps cherché comment entrer dans la fiction de ces événements historiques et sociopolitiques, explique l’auteure. Je me suis demandé de quoi j’étais capable de parler en toute légitimité. La réponse, c’était l’amour. Des amours impossibles, c’est de ça que j’allais me servir. Mes personnages sont tous habités par ce que j’appelle le pressentiment de l’échec. Ils ne savent pas où ils sont, d’où ils viennent et à quoi ils appartiennent. »


Véronique Côté n’est pas dupe, elle sait bien que son écriture, tout en étant singulière, doit beaucoup à celle de Wajdi Mouawad. « L’univers de Wajdi, c’est la plus grande partie de ma vie professionnelle. C’est un peu normal qu’on sente une influence. En fait, j’ai le sentiment d’avoir fait deux écoles : trois ans de Conservatoire et cinq ans de Forêts. Pendant la tournée, quand j’écrivais Tout ce qui tombe, j’avais l’impression d’habiter dans une cathédrale et d’essayer de construire une maison avec des bâtons de popsicle. La rigueur de Wajdi, sa manière d’être implacable, si tranchant envers ses propres mots, ses propres oeuvres, tout cela n’a pas fini de m’inspirer. »

 

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