Chez Omnibus, Anne Sabourin cherche «La couleur du gris»

Chez Omnibus, Anne Sabourin met en scène La couleur du gris, une pièce sur la marginalité et l’ostracisme.
Photo: Francis-William Rhéaume Chez Omnibus, Anne Sabourin met en scène La couleur du gris, une pièce sur la marginalité et l’ostracisme.

Après que ses fondateurs Jean Asselin et Denise Boulanger eurent suivi les traces du maître-mime Étienne Decroux, puis qu’ils se furent approprié Shakespeare et qu’ils eurent orchestré, avec différents collaborateurs, des croisements entre mime et musique ou entre mime et peinture (pour ne nommer que quelques-unes de leurs explorations), il est rassurant de voir que se dessine depuis quelques années une nouvelle ère, nourrie par un dialogue fertile entre les générations. S’y poursuit également, mais selon de nouveaux paramètres, une expérimentation vigoureuse de l’interdisciplinarité.

Anne Sabourin se sent en tout cas chez elle, comme en famille, au sein de cette compagnie où elle a récemment brillé très fort, notamment dans les spectacles Rêves, chimères et mascarade et Jabbarnack !. Cette année, en plus de coordonner l’école de mime, elle met en scène La couleur du gris, une pièce sur la marginalité et l’ostracisme, traversée d’une atmosphère brumeuse et d’une gestuelle « réaliste ». « C’est-à-dire, précise-t-elle, que la corporalité demeure proche de la gestuelle humaine quotidienne, qu’il n’y a pas de transposition ou de métaphorisation évidente. J’aime l’abstraction permise par le théâtre corporel, mais cette fois mon collègue Christian LeBlanc et moi avons cherché à créer cet onirisme dans l’univers général du spectacle, par un travail d’ambiance et d’éclairage, pas dans la corporalité, qui demeure réaliste. »

C’est le réel qui intéresse Anne Sabourin, pas de doute, mais un réel qu’on n’ose pas souvent regarder crûment. La couleur du gris propose de suivre un personnage dans un parcours initiatique dans le monde parallèle des sans-abri, à la fois si proche et si loin de nous. « Les sans-abri, dit-elle, forment une toile de fond qui permet à notre personnage de sortir du cadre social rigide de notre société pour vivre une expérience nouvelle à tous les points de vue. Ce monde-là est sans esthétique, sans filtre, sans vernis, constamment plongé dans une sorte de brutalité ou de primitivité qui m’intéresse parce que je la sens plus proche de la nature humaine que le monde d’artifices dans lequel on vit. Du moins j’ai envie d’explorer cette idée, de la questionner. »

Il y aurait peut-être, comme le formule Sabourin, « une beauté et une essence » à retrouver dans la « simplicité de la vie des SDF » et dans leur « rapport plus évasif au temps ». C’est ce qu’on pourra vérifier sur la scène de l’Espace Libre, où les comédiens Gaétan Nadeau, Marie Lefebvre, Xavier Malo, Audrey Bergeron et Maxime Paradis tenteront de montrer les vraies couleurs de cet univers, dans une palette de gris, en s’inspirant aussi de l’univers du bédéiste Manu Larcenet.

 

Collaborateur