Intimité renversée

Je ne m'appartiens plus


Idéation: Sophie Cadieux et Alexia Bürger.Mise en espace: Alexia Bürger. À l'Espace GO jusqu'au 9 septembre 2012



L’intimité existe-t-elle encore? La notion de vie privée a-t-elle un sens? Dans une société où chacun se fabrique pointilleusement une image sociale et orchestre un dévoilement total ou partiel de soi sur les réseaux sociaux, ces questions résonnent fort. Elles sont le reflet des angoisses ordinaires de l’humain contaminé par la société du spectacle et le voyeurisme ambiant, qu’il soit ou non branché sur le web 2.0.


Mais elles entraînent d’autres questions. S’il est devenu naturel de tenter de contrôler la perception qu’ont les autres de sa vie privée, reste-t-il encore une bulle à soi, un espace non balisé et propice à l’expression spontanée de soi? Avons-nous vraiment envie de préserver une intimité aux contours indéfinis et imprévisibles, ou sommes-nous volontairement engagés dans une entreprise de fabrication de soi qui empiète sur notre nature profonde? Voilà le genre de questions qu’agite l’installation déambulatoire Je ne m’appartiens plus, le premier happening théâtral créé par Sophie Cadieux cette saison dans le cadre de sa résidence à l'Espace GO.


L’expérience est fascinante parce qu'elle remue toutes ces questions sans les placarder, par une démonstration en douceur. Invité à parcourir une à une les pièces d’un appartement reconstitué dans l'enceinte de l’Espace GO, le spectateur-marcheur se sentira d'abord voyeur, emporté par la curiosité mais peut-être vaguement intimidé à l'idée d'être abandonné à lui-même dans un décor de théâtre. Le réalisme des lieux, les textures et l'éclairage réaliste font leur effet. La fabrication, l'artifice, bien que tangibles, se laissent oublier. Jusqu'à donner envie à ce spectateur de participer à la fabrication, de jouer le rôle qui lui incombe, d’incarner la partition qui semble soudain lui appartenir un peu, avec les comédiennes qui se laissent découvrir d'une chambre à l'autre. L'intimité de l’autre, qui était d'abord une image observée à distance, s'est transformée en un jeu qui se joue à deux. Par un intelligent effet miroir, elle invite à réfléchir à ses propres camouflages et ses propres mises en scène.



Collaborateur