Aria pour un fou libre

Douces retrouvailles que celles vécues hier soir avec James Thierrée, de retour à la TOHU avec son fougueux Raoul. Ombre, lumière, délire, espoir : tout se bouscule dans l’univers furieusement démentiel de ce personnage qui nous emporte au bout de lui-même, au bout de sa propre folie.

Après un hiatus de deux ans, Thierrée est remonté en scelle de son moi débridé avec le même imaginaire déferlant qu’en 2010, lors de sa première venue à la Tohu.


À première vue faite de bric et de broc, la scénographie, férocement intelligente, est à couper le souffle. Drapés et pendrillons échoués sur la piste comme des vaisseaux fantômes se transforment en fonds de scène pour créer l’antre mystérieux de cet homme perdu. Des pieux bringuebalants forment cette forteresse étrange, droit sortie de tableaux de Bosch ou de Dali.


Dans une épopée plus lente et un brin plus sombre que la version vue en 2010, Thierrée tente de dompter ce Raoul inhibé, sauvage, insaisissable. La cabane de ce Don Quichotte hirsute est le reflet de son âme menottée, tourmentée. Thierrée multiplie les tableaux autour de cette métaphore, joue à cache-cache avec son ombre, se mets lui-même K.O. et dialogue avec cet abri vivant qui lui tient lieu de prison.


Avec une prouesse physique inouïe, passant du théâtre, au mime à la danse, Thierrée se livre à une psychanalyse toute en geste, se ménageant visiblement plus qu’il y a deux ans, quand une blessure l’avait obligé à déclarer forfait. Moins circassienne, plus dansée, la prestation du comédien n’en est pas moins soufflante, malgré quelques longueurs.


Ce sans abri de l’âme finit par trouver son paradis et mène son public par le bout du nez jusqu’à la tombée de rideau, Doux remède que ce Raoul indompté qui joue à Montréal ses derniers instants de folie, puisque Thierrée remisera sous peu ce spectacle sur les routes depuis trois ans. Une dernière chance, donc, de happer ce moment de démence envoûtante, cette porte ouverte sur les dédales de la solitude et de l’inconscient.