Consommé de théâtre

Hétéroclite et foisonnante, la nouvelle saison de Carte premières incite à sortir des sentiers battus.

Depuis 2003, Carte premières a pris du galon. Cette saison, la carte à 20 $ (5 $ de moins que l’an dernier !) vous permet d’obtenir 50 % de rabais sur les billets de 40 spectacles présentés aux quatre coins de la métropole, ainsi qu’un accès privilégié à trois festivals. C’est probablement cette offre vaste et diversifiée, quelque chose comme une rencontre entre les règles de l’art et celles de la consommation, qui a mené les responsables à orner leur nouvelle brochure d’une relecture des boîtes de soupe Campbell de Warhol, une illustration signée Tomasz Walenta.


« Le public qu’on cherche en premier, c’est un public étudiant, un public qui n’est pas prêt à payer 1625 $ de plus par année pour étudier, lance David Lavoie, directeur du développement et des partenariats, avec un sourire aux lèvres. Neuf ans après la naissance du projet, alors que les théâtres institutionnels ont davantage intégré la relève artistique dans leurs saisons et que le théâtre émergent est selon moi de bien meilleure qualité, je pense que Carte premières est devenue un bel exemple de la manière dont on peut faire la promotion du théâtre selon un modèle collectif, c’est-à-dire hors de nos chapelles respectives. C’est un travail qui se fait rarement, surtout depuis la disparition de l’Académie québécoise du théâtre, qui tenait notamment le Soirée des masques. »


Il faut admettre que les compagnies qui obtiennent, grâce à Carte premières, une visibilité cruciale sont celles qui présentent leurs spectacles dans des lieux relativement confidentiels, des théâtres qui n’ont pas de saison en bonne et due forme, pas de brochure, un outillage promotionnel peu élaboré ou alors inexistant. Pensons à l’Espace 4001, au Studio Jean-Valcourt, au théâtre MainLine, à la Sala Rossa, au théâtre Sainte-Catherine, à La Cenne et au Bain Saint-Michel.


Vous aurez compris que, pour découvrir les jeunes créateurs, ceux qui sont en pleine éclosion, les abonnés à Carte premières n’hésiteront pas à sortir des sentiers battus, à fréquenter des salles plus ou moins adéquates et même des lieux non théâtraux. Par exemple, fin septembre, le Mimésis présente Le chant du dire-dire, de Daniel Danis, entre les murs de l’église de l’Immaculée-Conception, rue Rachel. Nul autre que Marc Béland est à la mise en scène. En avril, c’est Point d’orgue qui investit l’église Saint-Jean-Baptiste, toujours rue Rachel, avec Les Atrides. Louis-Karl Tremblay, féru de tragédie grecque, dirigera 27 comédiens !


Au fil des ans, Michel-Maxime Legault a inscrit plusieurs de ses spectacles au menu de Carte premières. Codirecteur artistique du Théâtre de la Marée Haute, doté d’un redoutable sens du rythme et de l’humour, le créateur est maintenant sollicité par un nombre croissant de compagnies. On peut d’ailleurs apprécier son travail en ce moment même à La Petite Licorne en allant voir Comment je suis devenue touriste, une production des Biches pensives.


Cette année, deux spectacles mis en scène par Legault sont de la programmation de Carte premières. En novembre, au MainLine, il dirige Amélie Prévost et Mélissa Dion Des Landes dans Les grosses geishas. « C’est l’histoire de deux grosses polices qui se costument en geishas pour mettre la main au collet d’un criminel japonais, résume-t-il. Les dialogues sont très percutants. C’est à la fois très drôle et très cru. » En janvier, à la salle Fred-Barry, le créateur change radicalement d’univers en signant la mise en scène de Warwick, une pièce de Jean-Philippe Baril-Guérard sur le retour au bercail d’un soldat ayant combattu en Afghanistan.