Des «drag queens» pour réformer le théâtre ?

C’est comme un credo, une ligne de conduite, un combat à mener avec zèle. Le metteur en scène Alexandre Fecteau, de plus en plus sollicité sur les scènes de Québec, mène une lutte sans merci contre un théâtre passif dans lequel les spectateurs sont constamment mis à distance. « Il faut que le théâtre cesse de se prendre pour du mauvais cinéma qu’on regarde avec ennui, toujours au bord de la somnolence. Il faut que le théâtre retrouve sa dimension collective, charnelle, événementielle. Il faut que les humains rassemblés dans une salle de théâtre soient vivants, sur scène comme dans les gradins. » Et vlan. Trois phrases percutantes pour dire les « vraies affaires » et énoncer une quête.

Depuis ses débuts à la mise en scène, Alexandre Fecteau tente d’accomplir cette mission en faisant entrer le réel dans le théâtre, par la grande porte. Pour construire Changing Room, docuthéâtre interactif sur les drags queens, il a été fidèle à ses habitudes et a réalisé des heures d’entretiens qui forment la colonne vertébrale de son spectacle. Mais il a aussi reconnu dans les numéros des drag queens une forte imprévisibilité, un caractère performatif qu’il cherche à transposer au théâtre pour bousculer les habitudes. Car sous le fard et les perruques, les drag queens sont des maîtres de la spontanéité et aiment se mettre constamment en danger. Toutes des qualités que Fecteau poursuit sans se lasser.


« Les drags queens, dit-il, travaillent dans une dynamique de numéro de cirque, qui m’intéresse parce que je trouve que ça les reconnecte avec quelque chose de puissant à l’intérieur d’elles, une énergie authentique. »


Ainsi, pas de réflexion sur la grande question identitaire soulevée par l’univers des drags queens, ni d’incursion dans une pensée proche des gender studies. « Mes entretiens avec elles ont révélé que la question identitaire n’est pas préoccupante. Mon intuition allait aussi dans ce sens. Ce qui leur importe, c’est le show. »


Avec ses comédiens, il a créé un spectacle qui alterne les numéros des drags queens et leurs confidences à la caméra. Chaque parole prononcée dans les entretiens originaux est redite à l’identique par le comédien qui s’en fait le porte-voix : un travail pointilleux sur l’oralité, qui permet de révéler la personnalité du performeur dans l’infini détail. « L’idée est aussi d’abattre certains préjugés. Bien des oeuvres de fiction véhiculent l’image de la drag queen névrosée, exubérante, celle dont le personnage prend le dessus sur sa réelle personnalité. Mais j’ai rencontré des gens bien différents de ce cliché. »



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