Des femmes du siècle

Ariane Moffatt, Pascale Montpetit et Brigitte Poupart s’unissent pour créer La démesure d’une 32A, cabaret théâtral tiré des écrits de Clémence DesRochers.
Photo: François Pesant - Le Devoir Ariane Moffatt, Pascale Montpetit et Brigitte Poupart s’unissent pour créer La démesure d’une 32A, cabaret théâtral tiré des écrits de Clémence DesRochers.

Si la directrice artistique Ginette Noiseux prévient d’entrée de jeu qu’il ne faut pas chercher de fil rouge dans sa nouvelle saison sinon que chacun des projets fut initié par les artistes plutôt que par la compagnie elle-même, force est de constater qu’Espace Go poursuit par ses productions l’exploration des écritures féminines du siècle naissant, un cycle amorcé l’an dernier. Qu’écrivent-elles, mais aussi, par la bande, que lisent-elles, ces femmes d’aujourd’hui ?

Figure culturelle incontournable du xxe siècle et toujours aussi pimpante à 78 ans, Clémence DesRochers voit ses poèmes et monologues être récupérés aujourd’hui par un trio surprenant de lectrices conquises. La comédienne Pascale Montpetit, la metteure en scène Brigitte Poupart et l’auteure-compositrice-interprète Ariane Moffatt s’unissent pour créer La démesure d’une 32A, cabaret théâtral qui promet rires et pleurs. Montpetit, qui sera accompagnée sur scène par trois musiciens, soulignait lors du lancement mercredi à quel point elle souhaitait notamment révéler chez Clémence l’écrivaine trop souvent occultée par la fille de scène.


Après Manhattan Medea, monté sans grand éclat en 2011 par Denise Guilbault, Noiseux programme de nouveau un texte de l’Allemande Dea Loher. Cette fois, c’est Denis Marleau et Stéphanie Jasmin qui orchestreront cette coproduction entre Go et UBU qui s’intitule Le dernier feu. Autour de Maxime Denommée s’activera une forte distribution : Peter Batakliev, Annick Bergeron, Noémie Godin-Vigneau, Louise Laprade, Daniel Parent, Évelyne Rompré et le chanteur Jérôme Minière.


Pour la seconde année de sa résidence, l’artiste invitée Sophie Cadieux propose un collage de textes de la regrettée Nelly Arcan réalisé en collaboration avec Marie Brassard. Sans tourner le dos aux thèmes souvent évoqués de la sexualité-spectacle et de la pulsion de mort qui traversent Folle, Putain et autre Paradis, clef en main, les deux artistes disent souhaiter éviter le piège biographique et « chercher la lumière dans le trou sans fond » de cette écriture « intransigeante ». Cadieux nous réserve également quelques invitations intrigantes disséminées durant la saison, par exemple la lecture couchée d’un essai de Virginia Woolf.


Claude Poissant, dont le Théâtre PàP crèche chez Go depuis bientôt 20ans, était également sur place pour nous présenter les deux derniers projets en date de la compagnie qu’il codirige avec Patrice Dubois. Rodée tout l’été à Carleton-sur-Mer en Gaspésie, la pièce Bienveillance de Fanny Britt sera présentée à Montréal en novembre. Dubois et Dany Michaud, qui s’affrontaient dans Les frères Laforêt, croisent le fer de nouveau sur le terrain miné des valeurs québécoises.


Seul auteur masculin à figurer cette année sur la marquise du boulevard Saint-Laurent, le jeune dramaturge Guillaume Corbeil voit son texte Cinq visages pour Camille Brunelle être monté par Poissant lui-même. Intelligente radiographie de la génération Facebook qu’on a pu découvrir dans une version préliminaire à l’École nationale au printemps dernier, la pièce sera portée par une distribution de choc comptant Francis Ducharme, Ève Pressault, Laurence Dauphinais, Julie Carrier-Prévost et Mickaël Gouin.

 

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