Un enfant pour toujours

Félix Beaulieu-Duchesneau
Photo: Izabel Zimmer Félix Beaulieu-Duchesneau

La Roulotte en est à sa soixantième saison. Plusieurs acteurs de la trempe des Marcel Sabourin, Clémence Desrochers, Gabriel Arcand et Robert Gravel firent leurs premières armes à bord de ce théâtre ambulant longtemps piloté par le metteur en scène Paul Buissonneau. La Roulotte continue de sillonner la métropole chaque été afin de présenter dans les parcs montréalais des adaptations enlevées de contes de fées et d’aventures fantastiques.


La barre de la production-anniversaire, une adaptation très libre de Peter Pan, a été confiée à Félix Beaulieu-Duchesneau. Ce bel acteur en est à son troisième passage à La Roulotte : comme interprète, il fut de la distribution du Capitaine Fracasse, à l’été 2003, avant de signer en 2010 l’adaptation et la mise en scène du Magicien d’Oz. Remarqué en 2005 pour son étonnante composition dans Le traitement de Martin Crimp, monté par Claude Poissant, il a depuis foulé les planches du Théâtre du Nouveau Monde à quelques reprises, en plus de s’illustrer dans la peau du baron de Münchhausen, rôle pour lequel il se vit décerner le prix de la meilleure interprétation masculine par le jury étudiant du Théâtre Denise-Pelletier.


On a attrapé Beaulieu-Duchesneau à Bonaventure, où il présente tout l’été Le nid, tendre duo théâtral créé en collaboration avec son amoureuse Sandrine Cloutier.


Au bout du fil, il a accepté de revenir un peu sur Peter Pan, lancé fin juin et sur la route jusqu’en septembre. « Ce qui me fait triper dans le personnage, c’est qu’il n’est pas gentil, tout beau et coquin comme Disney nous l’a présenté », résume celui qui dit avoir mené des recherches fouillées sur l’oeuvre et son créateur. « En lisant le roman de J. M. Barrie et surtout la pièce de théâtre qui l’a précédé, on se rend compte que Peter Pan n’est pas parfait, qu’il est un peu méchant et mesquin. C’est un dur, il veut être le chef à tout prix, il est parfois sans pitié et égoïste comme les enfants peuvent l’être. »


Dans l’imaginaire collectif, le jeune héros volant inventé par Barrie en 1902 symbolise surtout la volonté de rester un enfant pour toujours. Animé d’un désir similaire, Félix Beaulieu-Duchesneau dit avoir trouvé son salut dans la création théâtrale. Versé dans l’art de l’improvisation, de la marionnette et du théâtre d’objets, il a notamment signé en 2003, avec ses collègues du Théâtre Qui Va Là, l’acclamé spectacle Toutou rien, sombre fantaisie tragique qui mettait en vedette un ours en peluche.


Dans son adaptation de Peter Pan pour cinq comédiens, Beaulieu-Duchesneau a intégré au récit original des éléments biographiques de la vie de J. M. Barrie, fortement marqué par le décès de son frère alors que celui-ci n’était âgé que de 13 ans. « Le jeune Barrie aurait alors tenté de lui redonner vie en l’imitant et en portant ses habits. Je trouvais ça beau et dramatiquement très riche. J’ai donc proposé qu’un des trois enfants Darling, John le désinvolte, soit mort depuis deux ans au moment où la pièce commence. Les parents sont devenus très fermés et autoritaires, plus question pour Michael et Wendy de jouer dans la maison », résume-t-il.


Pour contrebalancer ce côté sombre tout en restant fidèle à l’esprit performatif et ludique de La Roulotte, le metteur en scène a choisi d’entraîner ses jeunes interprètes, tous fraîchement diplômés des écoles de théâtre, sur la voie du jeu clownesque. « Avec le peu de moyens dont nous disposons, le clown représente l’outil parfait. Le jeu est ample, les personnages sont plus grands que nature, ça rend le récit loufoque et féérique tout en restant connecté sur le drame que vit cette famille. Je choisis de faire confiance à l’intelligence des enfants, et ça marche ! »


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Collaborateur