Zoofest - Contes trash par Jean-Philippe Baril-Guérard

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	Dans une langue ordurière mais pas trop, le comédie Jean-Philippe Baril-Guérard écrit des petits récits d’oralité bien sentie.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Dans une langue ordurière mais pas trop, le comédie Jean-Philippe Baril-Guérard écrit des petits récits d’oralité bien sentie.

C’est l’histoire d’« la fois qu’un gars de l’équipe a fourré la mère d’un gars des Wildcats de Moncton ». C’est aussi l’histoire « des gros Bears qui se tiennent au Black Eagle », ou celle de la « célèbre barmaid du non moins célèbre bar L’Évasion, à Victoriaville ». Et puis celle de la fille « pas ben belle » de Saint-Hyacinthe qui a « pris un bain de minuit dans la Yamaska ».


Dans la lignée des contes urbains instaurés par le dramaturge Yvan Bienvenue, le comédien Jean-Philippe Baril-Guérard écrit de petits récits d’oralité bien sentie, dans une langue ordurière mais pas trop, inventant des personnages vulgaires, peut-être, mais pas tels les « clichés de trashitude comme la pute junkie de la rue Sainte-Catherine ».


Autrement dit, Baril-Guérard est un digne successeur de Bienvenue, honoré de marcher dans ses traces, mais préférant le suivre de loin et d’un autre pas. « Le danger avec le conte urbain, dit-il, c’est de se lancer dans une quête effrénée du trash. J’ai parfois tendance à écrire de la violence gratuite, mais je lutte très fort contre ça. Il faut que le conte urbain soit tout de même au service d’une certaine vérité. »

 

Contes sales


Pour Ménageries, il agite donc les mêmes ingrédients que dans les quatre contes crades qu’il a trimballés dans différents festivals au cours des dernières années : une langue bien pendue mais finement travaillée et une capacité à fouiller les recoins sales de l’humanité (sexe, violence et autres pulsions inavouables) pour en extraire un propos fort et un regard lucide sur le monde.


Par la langue et une certaine inscription dans le terroir québécois, il ressemble un peu à Fabien Cloutier, autre auteur à l’affiche de cette édition du Zoofest. Mais ce que Baril-Guérard sait disséquer plus que tout, ce sont les vicissitudes de la fornication.


Dans sa pièce Baiseries, en 2010, il portait un regard acidulé sur les déboires sexuels de sa génération. Pareil dans ces Ménageries que les comédiens Jean-Sébastien Lavoie, Andrée-Anne Lacasse, David Strasbourg et Isabeau Blanche s’apprêtent à défendre pour une dizaine de soirs au Monument-National. Le sexe n’y est jamais très propre. Et il a des conséquences graves.

 

Sexe animal


Grizzly, le conte dont une part de l’action se passe au bar l’Aigle Noir du Village gai, raconte l’histoire d’un groupe d’homosexuels séropositifs adeptes du barebacking (soit la pratique de rapports sexuels non protégés) qui violent un jeune homme pour lui transmettre la maladie et en faire un des leurs.


« Je me suis inspiré d’un fait divers lu dans les journaux. Il existe une culture de dédramatisation du VIH dont le mantra, si je résume, est qu’il est mieux d’être séropositif que de vivre dans la crainte de le devenir. C’est terrible. Mais j’aime aborder ces réalités-là sans pincettes. En même temps, la narration me permet aussi de berner le spectateur. Comment recevoir cette parole que le personnage nous adresse directement ? Est-il en train de mentir ? Quel est le véritable rapport entre lui et nous ? Il y a à la fois un rapport direct et une certaine distance, un décalage, un mensonge, des dissimulations. »


Malgré la libération des moeurs et l’impression toute contemporaine de vivre dans une société sexuellement permissive, Jean-Philippe Baril-Guérard est convaincu que tout le monde garde avec le sexe une distance raisonnable. « On est toujours en train de se diviser entre notre animalité et notre civilité. C’est pour ça que chacun de mes contes dévoile en quelque sorte un animal caché à l’intérieur de l’homme. Grizzly, porc, licorne ou couguar, il y a un animal que chacun laisse s’exprimer, ou qu’il retient très fort. Je m’intéresse beaucoup à ces mécanismes de domination de nos pulsions. »