À la recherche du divin

Pol Pelletier est cette femme de théâtre qui ne désire plus en être une, rejetant l’institution artistique pour se déclarer artiste de la révolution. Le tintamarre de casseroles résonnant à 20 h fut donc indissociable du spectacle La pérégrin chérubinique qui l’a suivi. L’entière Pol Pelletier, comme toujours, arrive ensuite doucement sur scène, déjà en état de présence extrême, animée d’un feu inlassable. Droite et ferme, se dressant comme un bouclier, elle lance les premiers mots du texte de Jovette Marchessault et, déjà, elle nous domine de sa voix puissante et nous soumet à son magnétisme.

Et ce, même si elle ne s’est pas embarrassée d’une quelconque mise en scène. Livre à la main, lisant son texte sans nécessairement y être confinée, elle n’en a que pour l’écriture, le rythme des phrases, le poids des mots, la charge du discours. Certes, la musique de Jean-Jacques Lemêtre l’accompagne discrètement. Mais rien d’autre ne distrait le spectateur de la parole de Jovette Marchessault, que Pol Pelletier cherche à remettre en lumière, jugeant que cette prose dense, spirituelle et imagée est l’une des plus grandes du Québec et des plus injustement méconnues. À entendre l’actrice, on devrait illico la décréter auteure nationale. Pelletier peut bien se dire transcendée par cette écriture effectivement belle, superbement lyrique, dans laquelle elle retrouve des thèmes qui lui sont chers (le pouvoir du féminin, la quête de spiritualité et la recherche de communion avec la nature), mais on peut ne pas y retrouver l’universalité que semble y voir l’actrice. On peut aussi choisir de ne pas adhérer à son discours antiscientifique, peu nuancé, qui dénonce une société trop cartésienne et affairiste d’où le divin est exclu.


Il y a néanmoins du vrai dans cette vision du monde ici exprimée de manière un peu butée. Bien sûr, le matérialisme et l’esprit d’analyse sont des voiles nous empêchant de sonder l’invisible et le divin. Facile d’en convenir. Mais le texte ne s’aventure pas très loin dans l’intériorité du personnage, au profit de références à la Bible et de dénonciations catégoriques de la médecine et des progrès de la science, lesquels nous éloigneraient trop de l’expérience mystique de la souffrance physique. La réflexion n’est pas toujours finement déployée, mais elle est indéniablement riche et poursuivra son chemin dans les âmes des spectateurs, inévitablement très attentifs à chaque son et chaque geste. Pol Pelletier est toujours cette grande prêtresse devant qui on ne peut dérober le regard.


Chaque représentation est suivie d’un cadeau (une performance différente chaque jour). Le soir de la première, l’actrice a lu un texte de son cru après avoir invité les spectateurs à une « marche révolutionnaire ». Le théâtre, avec Pol Pelletier, croise toujours de près le militantisme.



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