Théâtre - Au-delà des apparences


	Le misanthrope à La Bordée: la modernité de l’espace reproduit un disco-bar aux lignes fuyantes autant que le dénuement des lofts urbains.
Photo: Source: Vincent Champoux
Le misanthrope à La Bordée: la modernité de l’espace reproduit un disco-bar aux lignes fuyantes autant que le dénuement des lofts urbains.

Dans ce chacun-pour-soi où l’individualisme règne, où l’on ne danse qu’avec soi-même, où la profondeur du lien qui nous lie à l’autre se jauge au nombre d’entrées au cellulaire ou d’amis Facebook, la langue de Molière, ample et juste, précise et incisive, sert un propos qui trouve en notre siècle un écho sans rides.


On ne s’étonnera pas de la modernité de l’espace qui reproduit le disco-bar aux lignes fuyantes autant que le dénuement des lofts urbains, de l’agencement des costumes, accessoires et coiffures qui empruntent aux anciens leur coupe et aux modernes leur touche intemporelle d’extravagance, comme on ne saurait sursauter de voir les personnages manipuler leur laisse électronique comme d’autres l’épée en leur siècle. Musique et mouvements trouvent leur équilibre dans une mise en place sobre, une direction d’acteurs soignée et cet ingrédient dont Jacques Leblanc possède le secret : un amour authentique de la langue et de l’interprétation.


Une retenue cependant quant à l’éclairage qui projette sur les costumes et les visages les barres d’ombres de la structure de plexiglas suspendue, et crée des trous qui desservent les acteurs.


Confier à Olivier Normand cet Alceste des deux mondes confirme le flair de Leblanc. Normand a le coffre, la profondeur, la fragilité qui sied au rôle, la générosité de jeu qui trouve son contrepoint dans le portrait physique et amoral que livre avec justesse Alexandrine Warren de la volage Célimène. La prestation de Serge Bonin (Philinte) gagne en force dans la sincérité du ton et l’Arsinoé de Lorraine Côté a tout de la très moderne femme-léopard. Si la désarmante Éliante (Chantal Dupuis) et les compères, Acaste (Lucien Ratio) et Clitandre (méconnaissable Nicola-Frank Vachon en blond dandy) complètent la galerie de personnages, il faut prendre soin de souligner l’Oronte de Réjean Vallée, particulièrement haut en couleur, et l’adorable Du Bois que campe André Robillard.


Un rappel de ce désir qu’avait Molière « qu’on ne jette aucun mot qui ne parte du coeur ».


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Collaboratrice du Devoir

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