Théâtre - Concerto pour femmes tendues

Clara Furey et Céline Bonnier nous promettaient un objet scénique hybride autour des «états de crise» que traverse à répétition l'être humain. Elles donnent plutôt une sorte de concert théâtral sur la condition féminine: une succession de numéros performatifs et de monologues déconstruits, baignés d'une ambiance sonore lancinante ou de pianotements et de voix amplifiées, pour dire la soumission de la femme aux diktats de la féminité contemporaine et à la dureté du regard de l'homme.

La trame dramaturgique se déploie autour de trois situations qui se croisent et se décroisent, sans toutefois vraiment s'emmêler. Un texte d'abord, celui d'Yvonne, personnage imaginé par Pierre Maheux dans un court film des années 70, Le Bonhomme. Femme esseulée, brisée par le peu d'égards que lui consent la brute d'homme qui lui sert de mari. Les mots ne tarderont pas à se transformer en chocs physiques, le corps se durcira, empruntant toutefois une gestuelle un brin trop illustrative, qui ne dit rien de plus que ce que les mots énonçaient déjà avec force.

À ce monologue répondent toutefois d'autres séquences physiques, où le corps se tortille, comme dominé et manipulé par l'homme (ou par le couple), mais aussi par les lois d'un espace social qui emprisonne trop souvent la femme dans la seule posture de contrôle et de perfection. Dans un tel monde, la féminité ne peut qu'être agitée, que violemment secouée, ce que la chorégraphie ne manque pas de représenter. Pas toujours subtiles, frayant avec le cliché, les images sont pourtant travaillées dans la répétition et l'intensité, jusqu'à atteindre une certaine vérité.

Le plus évocateur est toutefois cette constante tension du bas corporel, qui ne s'efface presque jamais, créant ce que j'oserais presque appeler une poétique de la fente: l'entrejambe de ces dames est mis de l'avant, dans un geste qui n'a rien de pornographique et qui est plutôt performatif, évoquant la domination du corps par des forces extérieures, d'ailleurs pas toujours destructrices. Portrait noir de l'homme, toutefois, qui mériterait d'être nuancé.

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Collaborateur du Devoir