Théâtre - Vents de sortilèges au Trident

Une partie de la distribution de La Nuit des rois au Trident<br />
Photo: Vincent Champoux Une partie de la distribution de La Nuit des rois au Trident

L'amorce de La Nuit des rois s'ouvre sur la fin d'une tempête, un naufrage et la séparation des jumeaux Viola et Sébastien, qui échouent à deux endroits différents de la côte. Viola se déguise en jeune homme (Césario), entre à la cour d'Orsino, tombe sous le charme de cet homme qui, lui, est amoureux d'Olivia. S'en suivent les quiproquos d'usage quand les jeux de l'amour s'emmêlent et que le cœur de l'un bat pour l'une qui aime l'autre, alors que l'entourage de la cour se mêle de tirer d'autres ficelles.

Vrai, faux, vérité, mensonge, identité perdue, retrouvée: il y a décidément une brise thématique qui lie les différentes productions en ce début de saison, et le souffle shakespearien de La Nuit des rois, qui prend l'affiche au Trident, dans une mise en scène de Jean-Philippe Joubert, s'écarte des vents de tourmente et nourrit le courant de bourrasques de rires.

N'attendez pas le classique d'époque, car Joubert et ses concepteurs, qui se font les Puck et Ariel de coulisse de cette production, y vont de leurs propres vents de sortilèges et effectuent un grand brassage d'époques. Le plateau devient miroir réfléchissant, le fond de scène, un rappel des années disco, les costumes, un joyeux mélange de «paillaissonnerie» et d'élégance, et les protagonistes, des figures de bandes dessinées ou des funambules sur le fil délicat qui sépare la vérité du mensonge. Ajoutez à cela le mélange des accents (anglais, français, espagnol), le chant, les musiciens en présence, le métissage des musiques et des sonorités, et les divers registres d'interprétation qui vont du classique au burlesque, sans oublier un clin d'oeil aux années cinquante.

Une telle traversée ne saurait voguer en eaux folles sans une solide distribution. Le quatuor des comiques (Boutet, McCoy, Lamontagne et Vallée) assure les coups de barre et si Boutet et McCoy soulèvent les vagues de rires, leurs comparses et la très complice Marjorie Vaillancourt y contribuent manifestement. Le jeu nuancé d'Anne-Marie Olivier ravit et colore. Les jumeaux (Thienpont et Ration) et le Duc Orsino (Jean-Sébastien Ouellette) sont tout à fait dans le ton.

Mais cette Nuit des rois ne serait pas ce qu'elle est sans la magie de Feste. D'un naturel désarmant, Olivier Normand fait de ce fou de service un vagabond des siècles passés et présents, lui donne une voix, une musique et une présence inoubliables. Sa finale, très près du clown blanc, transforme l'oeuvre en fable et assure l'accostage du «bateau ivre».

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Collaboratrice du Devoir