Théâtre - Match imparfait

Robert Lalonde, Alexandre Goyette et Marie-Chantal Perron s’en tirent assez bien.<br />
Photo: François Brunelle Robert Lalonde, Alexandre Goyette et Marie-Chantal Perron s’en tirent assez bien.

Le comédien Michel Poirier a ajouté une corde à son violon. Depuis cinq ans, il a signé une demi-douzaine de mises en scène, principalement au théâtre Beaumont St-Michel, dont il est codirecteur artistique. Avec Match, qui ouvre la saison chez Duceppe, le jeune metteur en scène livre ici son projet le plus personnel et sa réalisation est d'une belle précision.

Malheureusement, cette pièce américaine créée à Broadway en 2004 ne tient pas toutes ses promesses. Le texte de Stephen Belber s'annonce comme un suspense dans lequel trois solitudes apprivoisent leurs peurs en déterrant de lourds secrets du passé. Or, la pièce est plus anodine que profonde, plus agréable que bouleversante.

Toby, ex-premier danseur de ballet devenu professeur de danse à Juilliard, habite un appartement new-yorkais tapissé de photographies évoquant son illustre carrière. À l'instar de Norma Desmond dans Sunset Boulevard (en beaucoup plus modeste), Toby vit dans la solitude et le souvenir de sa jeunesse glorieuse. Pas surprenant qu'il accueille un couple de Seattle, Mike et Lisa, venu le rencontrer sous le fallacieux prétexte de rédiger un mémoire sur le milieu new-yorkais du ballet classique, à la fin des années 1950.

L'entrevue commence rondement. Un brin narcissique, Toby se livre avec générosité. Mais au fil de l'entretien, les questions deviennent très personnelles. Rapidement, on découvre que «l'étudiante» et son conjoint s'intéressent davantage au passé intime du danseur qu'à ses entrechats...

Match aborde le sacrifice, la création, la sexualité, la passion... Des thèmes assez riches. Or, l'écriture demeure trop en surface. Belber souligne le drame à gros traits, en effleurant la complexité de la nature humaine. Les dialogues sonnent parfois faux; l'action multiplie les invraisemblances et les rebondissements inusités. Par exemple, quand Mike pète les plombs au milieu de l'entrevue, on comprend mal sa colère tant elle sonne artificielle. Le rapprochement entre Lisa et Toby, au deuxième acte, est pour le moins précipité et inexplicable dans la situation. Et la fin moralisatrice vient détruire ce qui a été exposé avant: Toby, un être immoraliste et libertin, se transforme soudainement en créature mièvre et sentimentale.

Le trio d'acteurs s'en tire assez bien. Toutefois, Marie-Chantal Perron, jupe fuseau noire et chemisier blanc, ressemble à une serveuse dans un quinze-cents! L'actrice semble un peu coincée par moments. Alexandre Goyette ne dose pas toujours bien les élans caractériels de Mike. Robert Lalonde est juste et crédible dans le rôle de Toby. L'acteur abuse un peu de ses jeux de langue et de bouche pour évoquer la tension sexuelle entre les personnages. Or, cela traduit bien la perversité de Toby; perversité qui n'est qu'un des nombreux masques qu'il porte pour cacher sa vérité.

Finalement, Match se regarde comme une télésérie qui nous fait passer une bonne soirée sans réinventer la roue (Belber travaille aussi comme auteur pour la télévision.) On a hâte de voir ce que Michel Poirier fera lorsqu'il se collettera à une oeuvre dramatique plus forte.

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Collaborateur du Devoir

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Veuillez noter que le titre de cette critique a été modifié après publication.