À Québec - Des jeunes créateurs et du théâtre hors les murs

Philippe Couture Collaboration spéciale
Les deux principaux interprètes de Tom à la ferme, de Michel-Marc Bouchard, Steve Gagnon et Frédérick Bouffard
Photo: Frank Vachon Les deux principaux interprètes de Tom à la ferme, de Michel-Marc Bouchard, Steve Gagnon et Frédérick Bouffard

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée culturelle 2011

Une surprise, d'abord: la nouvelle pièce de Michel-Marc Bouchard, Tom à la ferme, est produite à Québec moins d'un an après avoir été présentée à Montréal. La chose est plutôt rare, et on peut dire que le dramaturge est gâté: son texte n'a pas dormi très longtemps dans les tiroirs avant qu'on se le réapproprie. Les fanas de l'œuvre bouchardienne ont sans doute bien hâte de découvrir comment, à la suite de Claude Poissant, la jeune metteure en scène Marie-Hélène Gendreau mettra en relief les désirs souterrains de Tom (Steve Gagnon) et Francis (Frédérick Bouffard), dans ce chassé-croisé aussi brutal que langoureux, sur fond de ruralité profonde et de mensonges enfouis. Ça se passe à La Bordée, du 20 septembre au 15 octobre.

Jeunesse et grande visite

D'ailleurs, il faut bien le dire, ce sont surtout les projets des jeunes créateurs de la capitale qui retiennent notre attention cet automne, ou du moins ceux dont l'esprit avant-gardiste reflète la jeunesse et la rébellion. À commencer par Imagination du monde, adaptation multidisciplinaire de la Divine Comédie de Dante par le metteur en scène Hanna Abd El Nour. Surtout connu pour son travail de conseiller dramaturgique auprès de Christian Lapointe (Théâtre Péril), Abd El Nour propose une deuxième mouture de ce projet personnel réunissant une quinzaine d'acteurs et danseurs, après l'avoir présenté une première fois en juin dernier. Il s'agit bien sûr d'une «lecture renouvelée» de l'oeuvre, où convergent danse, théâtre, musique symphonique et arts visuels. Pas une mince affaire. Ça risque d'être une expérience hors norme à tous points de vue, d'autant que la représentation a lieu à l'église Saint-Coeur-de-Marie, sur Grande-Allée.

Au Périscope, les regards se tourneront vers l'Ontarienne Anne-Marie White (d'origine acadienne), qui débarque en ville avec sa pièce Écume, précédée d'une rumeur favorable depuis sa présentation au festival Zones Théâtrales en 2007. La pièce, qui est aussi passée par Montréal et a été ensuite retravaillée, constitue une belle occasion de s'initier au travail de cette metteure en scène qui fait la fierté du milieu théâtral d'Ottawa. On y croise une femme enceinte en cavale, partie rejoindre l'o-céan qui a bercé son enfance et annoncer à sa défunte mère qu'elle porte à son tour un enfant. Un univers poétique, chargé de symboles, et paraît-il, non dénué d'humour.

Grand répertoire et grands retours


Au Trident, Jean-Philippe Joubert s'intéresse à nouveau à un texte du répertoire. Après L'École des Femmes, qu'il avait montée à La Bordée en avril 2010, le voici chez Shakespeare, mais toujours dans la comédie, alors qu'il s'attaque à La nuit des rois. On ira voir si les péripéties du duc d'Orsino lui vont bien, mais l'on sait à tout le moins que le très actif metteur en scène se prépare à une grosse année: son Projet Eau prend l'affiche ici et là au cours de l'hiver, se déclinant en trois spectacles pour célébrer le dixième anniversaire de sa compagnie Nuages en Pantalon.

C'est aussi le retour du Théâtre du Sous-Marin Jaune et de son emblématique marionnette Loup Bleu, plongé cette fois dans l'histoire du Canada (que l'espiègle loup va bien sûr réécrire à sa manière, empruntant le point de vue amérindien). On n'en sait pas beaucoup plus, mais on se doute bien que l'auteur Jean-Frédéric Messier et les metteurs en scène Antoine Laprise et Jacques Laroche n'auront pas mis de côté leur esprit éclairé, ni leur goût pour la rigolade, ce qui devrait donner lieu à une pièce aussi ludique qu'intelligente. Comme d'hab au Sous-Marin Jaune. Les adeptes de ces folies marionnettiques (et les autres) sont conviés à La Bordée du 1er au 26 novembre.

Notons au passage une nouveauté: une édition 100 % Québec du Festival du Jamais Lu. Après dix ans dans la métropole, le petit festival montréalais est devenu grand et a décidé d'ouvrir une succursale dans la capitale. Des lectures publiques de textes divers (les détails de la programmation n'ont pas encore été dévoilés) auront lieu au bar l'Agitée les 17 et 18 novembre. Et puis, en tout début de saison, on aura suivi avec intérêt un nouveau chapitre de l'aventure de Frédéric Dubois dans l'oeuvre incisive de Rodrigo Garcia, avec Notes de Cuisine, présentée au restaurant La Cuisine à peine quelques jours après la fin des représentations de Fallait rester chez vous tête de noeud à la bibliothèque Gabrielle-Roy. À Québec, le théâtre sort de plus en plus des murs...

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Collaborateur du Devoir

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