Théâtre - Les insaisissables chemins du pouvoir

De toute l'œuvre de Shakespeare, Macbeth est l'une des pièces les plus souvent jouées au Québec — avec Hamlet, qui occupe le haut de la liste. Ce qui ne signifie pas qu'on s'y attaque très souvent. Très peu de nos metteurs en scène osent affronter l'œuvre, et peu savent vraiment la relire. Devant le grand répertoire, on se fait souvent tout petits, allez savoir pourquoi. Mais l'espoir est toujours permis, et même devant la modeste production du Repercussion Theatre présentée en anglais cet été dans les parcs, il y avait de quoi nourrir un peu cette espérance.

Certes, la griffe de la metteure en scène Arianna Bardesono n'est pas si singulière et ses précédents spectacles (La Tempête, Ties, Les Mondes possibles) furent trop sages, bien qu'intelligents. Mais en voulant situer Macbeth dans l'univers de la haute finance, lieu d'ambition et de recherche effrénée de pouvoir, elle semblait avoir mis le doigt sur un gisement fertile. Pas l'idée la plus originale, d'accord, mais remplie de possibilités.

Or, si cette vision s'inscrit de plain-pied dans le récit de Shakespeare, elle demeure ici très superficielle. Il ne suffit pas d'élégants costumes contemporains et d'un décor épuré, à paliers, pour dire les effets de la course au profit et à la domination du monde. La pièce ne dit rien, ou si peu, sur ce pouvoir que s'arrogent les financiers en dictant les aléas du marché. Peut-être n'y manquerait-il qu'une représentation du peuple, tel qu'il se voit manipulé par ces hommes puissants en quête indomptable de pouvoir? Jamais, du moins, la véritable crise économique que pourrait provoquer l'ambition de Macbeth n'est évoquée dans cette mise en scène que Bardessono dit vouloir situer à Wall Street dans le sillon de la crise récente. Dommage.

Le spectacle réussit mieux à saisir l'ambiance onirique dans laquelle plonge Macbeth à mesure qu'il fomente son crime contre le roi Duncan et à mesure que les remords l'assaillent. Ainsi, les trois sorcières venues prédire son avenir sont des créatures ambiguës, mi-hommes mi-femmes, des êtres d'incertitude dont on ne saurait prendre les propos à la lettre et qui prennent ainsi le visage de l'énigme et du rêve. En deuxième partie, la plupart des personnages baignent peu à peu dans cette même étrangeté, revêtant des atours inquiétants que la trame sonore électro-atmosphérique se charge d'accentuer. Comme quoi les chemins du pouvoir et de l'ambition sont complexes et insaisissables, ou alors difficiles à exprimer en toute rationalité.

Les acteurs, Paul Hopkins au premier chef, se chargent de donner à entendre la prose shakespearienne en toute limpidité, la rendant accessible à l'oreille la moins accoutumée. Déjà, ce n'est pas rien.
1 commentaire
  • camelot - Inscrit 2 août 2011 12 h 47

    Embourgeoisé

    Notre théatre n'est plus ce qu'il était. Il s'est embourgeoisé. On nous sert du convenu, du réchauffé, bref, de l'insipidité. Pourtant, le répertoire classique regorge de chefs d'oeuvres. Il faut espérer qu'une nouvelle génération d'artistes fera connaître ces merveilles.