Théâtre - Macbeth dans le parc

Le comédien Paul Hopkins, interprète de Macbeth, en répétition en vue de la saison estivale qui commence ce soir, de Macbeth, en tournée dans les parcs de Montréal.<br />
Photo: Antoine Yared Le comédien Paul Hopkins, interprète de Macbeth, en répétition en vue de la saison estivale qui commence ce soir, de Macbeth, en tournée dans les parcs de Montréal.

C'est l'une des belles traditions estivales montréalaises. Comme le fait depuis des décennies le théâtre La Roulotte en français, le Repercussion Theatre sillonne les parcs de la ville pour offrir gratuitement des représentations de pièces du répertoire anglophone, généralement de William Shakespeare (l'initiative porte le titre Shakespeare-in-the-park, comme chez les homologues de New York et du Rest of Canada). Cet été, la metteure en scène Ariana Bardesono s'attaque à Macbeth. Le défi! Bien plus complexe que La Tempête, qu'elle avait assez joliment mise en scène en 2008 dans un esprit choral, soulignant la grande accessibilité de la dernière pièce du «barde de Stratford».

Macbeth est une tout autre affaire. Plus sombre, plus souterraine, la pièce est aussi franchement vertigineuse. D'abord pour la riche réflexion sur le pouvoir et l'ambition, qu'il faut éclairer d'une lumière vive. Puis à cause de cet arrière-plan onirique, ce monde de rêves, d'inconscient et de refoulé que Shakespeare dévoile dans les monologues de Macbeth. Et bien sûr parce que la folie de Lady Macbeth est en soi un vaste territoire de jeu, un rôle dont rêvent les plus grandes actrices, et pour cause.

Alors par où commencer? Arianna Bardesono, jeune metteure en scène d'origine italienne qui est de plus en plus active sur la scène anglo-montréalaise (elle travaille toutefois dans les deux langues), ne s'est pas posé la question trop longtemps. Son interprétation de la pièce passe par une actualisation qui l'a frappée comme une évidence: un Macbeth de Wall Street, ce lieu même où l'ambition et la soif d'argent d'un petit groupe de personnes peuvent mener à l'effondrement de tout un système et causer partout des dommages.

«Je m'intéresse, dit-elle, aux ravages de l'ambition quand elle est poussée au-delà des limites de la confiance. Il me semble que c'est exactement ce qui s'est passé en 2008 au moment de la crise financière, dont les répercussions sont encore vives. Évidemment, mes origines italiennes me poussent à m'intéresser de près à la crise telle qu'elle est vécue en Europe en ce moment, notamment en Italie, mais surtout en Grèce et en Espagne.»

Et dans ce contexte, alors que la soif d'argent pousse Macbeth dans ses derniers retranchements et le mène à tuer le roi, comment répondre à la grande question de la responsabilité du meurtre? Est-il simplement victime du contexte dans lequel il s'inscrit? Ou mû par des forces qui le dépassent? «Ce qui m'intéresse, explique la metteure en scène, c'est que Shakespeare nous montre le chemin mental qui mène Macbeth à poser ce geste. Bien sûr, il est influencé par le contexte et par des forces invisibles, mais c'est lui qui choisit de suivre ces forces, en toute conscience, en sachant très bien qu'il se laisse dominer par le Mal, mais en y trouvant des motivations valables. Macbeth me fait penser à Hitler, à Berlusconi ou même à Sarkozy; on aimerait tant comprendre ce qui motive leur action et leur style autoritaire, ce qui les y mène. Shakespeare nous trace un chemin dans cette psyché du pouvoir, qui est complexe mais passionnante.»

Psyché. Le mot est lâché. Puisque Macbeth demeure une exploration intime des tourments de l'homme, d'ailleurs sûrement l'une des pièces les plus psychanalysées du répertoire classique, il faut savoir s'approcher de l'âme et de l'intériorité du mythique personnage. C'est du moins la conviction d'Ariana Bardesono, qui a choisi d'amplifier ses comédiens «pour les pousser à jouer petit, à ne pas disperser leur énergie, à demeurer subtil, ce que le contexte d'une représentation en plein air ne permettrait pas sans la sonorisation». L'ambiance promet d'être inhabituelle, du moins en rupture avec le ton habituel des productions de Repercussion.

Sans compter que la représentation de demain sera jouée au cimetière Mont-Royal, lieu symbolique où le spectacle risque fort de briller d'une aura particulière....