Avoir 20 ans en 2015: l'apprentissage

Ces dix jeunes de la région de Montréal sont un des cinq atomes adolescents qui orbitent autour de la mise en scène par Wajdi Mouawad de sept pièces de Sophocle.
Photo: - Le Devoir Ces dix jeunes de la région de Montréal sont un des cinq atomes adolescents qui orbitent autour de la mise en scène par Wajdi Mouawad de sept pièces de Sophocle.

Ils sont dix. Ils ont quinze ans tout rond. Ils sont trop petits ou déjà trop grands, dégingandés. Ce sont les cinq filles et cinq gars d'Avoir 20 ans en 2015. Ce projet fétiche du metteur en scène Wajdi Mouawad veut ouvrir à quelques jeunes les portes de la culture, du théâtre, de Sophocle et de l'engagement citoyen. Rien de moins.

Ils s'apprêtent à décoller, dans une semaine, pour Athènes, premier voyage de ce drôle de groupe. Ces dix jeunes de la région de Montréal sont un des cinq atomes adolescents qui orbitent autour de la mise en scène par Mouawad de sept pièces de Sophocle.

Ici, c'est le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) qui accueille les jeunes et les pièces, présentées en trois volets. D'autres groupes similaires sont à Mons, à Namur, à Nantes et à La Réunion. Ce rituel de passage sur les traces de

Sophocle mènera ces 50 jeunes à Lyon sur la trace des premiers imprimeurs, à Auschwitz dans les empreintes du massacre, dans un pays arabe à déterminer. Et dans un cinquième lieu, le plus fou possible encore à arrêter. Ils seront en contact, souvent par Internet, au cours des cinq prochaines années, avec Wajdi Mouawad, qui leur demandera chaque mois de répondre à une question. Une réponse qu'ils pourront écrire, dessiner, filmer, chanter, comme bon leur semble.

Un projet de développement de public? Car les jeunes ne sont pas des spectacles de Mouawad, mais bien satellites. Une méga-activité pédagogique? «Je n'aime pas le mot "pédagogie", précisait en conférence de presse

Lorraine Pintal, directrice artistique et générale du TNM, un des théâtres partenaires du projet. Je lui préfère "apprentissage", qui me semble inclure plus de ludisme, de liberté et de plaisir. On n'est pas dans la hiérarchie du savoir. Pour nous, c'est une façon de rejoindre les jeunes, de montrer que l'art n'est pas inaccessible. L'école ne remplit pas toujours son rôle en ce sens.»

Par communiqué, Wajdi Mouawad, présentement en France pour les premières représentations du cycle Des femmes, entend vouloir ainsi replacer Sophocle au coeur du politique, au centre de la cité.

Les dix jeunes — Natasha Beaudin Pearson, Vladimir Belova, Nadjib Bouazouni, Éléonore Brieuc, Benjamin Charrette, Juliane Choquette-Lelarge, Alexis Curodeau-Codère, Quentin Gagnon, Justine Le Minh Hien, Anne-Marie St-Louis — viennent de lire, supervisés par l'accompagnateur et metteur en scène Félix Beaulieu-Duchesneau, Les Trachiniennes, Antigone et Électre.

«Je les ai lues dans le métro et dans les pauses entre les cours», dit Alexis Curodeau-Codère.

«Moi j'ai pas aimé ça, précise en souriant Quentin Gagnon. Ça a été écrit il y a 2000 ans, c'est normal que j'aie trouvé les situations prévisibles. Le texte est complexe, mais les situations sont simples quand tu prends le temps de lire lentement. C'est beaucoup de chair autour d'un tout petit os.» Une a été étonnée de trouver dans ces mots antiques déjà des préoccupations écologiques, un autre a apprécié les images et l'exagération tragique.

En attendant de se promener dans les coulisses du cycle Des femmes, qu'ils verront à Athènes, les dix jeunes visiteront début juillet l'Acropole, le port du Pirée, Marathon, Delphes et

Épidaure. Un cours classique comme il ne s'en fait plus.

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