Théâtre - La pute et le poisson rouge

Pendant que, mercredi dernier, le dramaturge et cinéaste français Xavier Durringer présentait à Cannes La Conquête, son film sur l'accession au pouvoir du président Nicolas Sarkozy, une jeune compagnie montréalaise mettait à l'affiche sa première pièce, La Nuit à l'envers. Après Histoire d'hommes au Prospero, ce deuxième Durringer de la saison est à l'affiche de l'Espace 4001, sis rue Berri.

Dans une chambre modeste, un homme scrupuleux rencontre une prostituée de métier. Alors que celle-ci entame les préliminaires, le client refuse de se dévêtir. Il paie, mais ne consomme pas. Il parle mais demeure mystérieux. L'homme va jusqu'à dévoiler des détails de la vie privée de la prostituée. Celle-ci paniquera d'abord, puis s'ouvrira peu à peu. Jusqu'à lui montrer son poisson rouge («son seul ami») qu'elle cache dans un bocal sous le lit... Bonjour la métaphore!

Voilà deux êtres aux antipodes de la vie qui sont tous deux enfermés dans leur cage, isolés dans leur âme, incapables de définir leurs désirs. Encore moins de les vivre. Si l'histoire de ces deux solitudes est touchante et le texte pas banal, malheureusement la production n'est guère convaincante. Elle frise même l'amateurisme.

Premier (gros) problème: le parti-pris de faire parler les acteurs avec l'accent parisien qu'ils maîtrisent mal, en plus. D'accord, l'action se passe à Paris. Et la langue de Durringer, à la croisée du réalisme et de la poésie, ne colle pas au joual. Or, des comédiens peuvent parler un français très correct avec un accent québécois. On n'est plus à l'époque de Tit-Coq!

Secundo: le jeu. Martin Grenier joue de manière trop caricaturale le côté timoré du client. Il en devient peu crédible. Geneviève Arsenault nous fait davantage croire à son personnage; hélas, elle trébuche dans un monologue émouvant.

Tertio: la mise en scène. Les acteurs sont très mal dirigés par Isabeau Blanche. Certes, soyons indulgents pour les maladresses dues au manque d'expérience. Or, quand un metteur en scène n'a pas les moyens de créer des tableaux oniriques dans un huis clos, il mise sur la vérité de la situation.

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Collaborateur du Devoir