Théâtre - Les raisons de la colère

L’équipe de comédiens de La Genèse de la rage, de Sébastien Dodge<br />
Photo: Marie-Claude Hamel L’équipe de comédiens de La Genèse de la rage, de Sébastien Dodge

Au commencement était la Peur... La Genèse de la rage pourrait se résumer en ce verset. Car cette «tragédie burlesque à haute teneur en hémoglobine», signée Sébastien Dodge, fouille les zones les plus obscures de l'âme humaine... Ces blessures trop longtemps ouvertes qui transforment l'homme en loup; et l'amour en haine. Attention: théâtre extrême!

L'histoire raconte les péripéties du jeune Otho (Dominic Théberge, excellent), de sa naissance à sa vie d'adulte. Coeur fragile et solitaire, ce fils unique d'un couple assez déjanté merci, comme une version trash et grotesque de Pôpa et Môman dans La Petite Vie... (Mathieu Gosselin, qui incarne la mère, et Simon Rousseau, le père, sont très bons!) On voit donc Otho faire son dur apprentissage de la vie. De l'école où il est victime d'intimidation, à la crise existentielle de l'adolescent; du rejet par les filles à la séparation des parents et la dépression de sa mère, pour finir avec la fuite dans l'alcool... Une vie normale (quoi!), qui finira comme une tragédie shakespearienne!

S'il y a beaucoup d'excès, voire de débordements dans sa pièce, l'univers étrange de Dodge a le mérite de nous happer du début à la fin. Comme lorsqu'on regarde un terrible accident... Or, avant son texte forgé dans l'urgence de dire, nous sommes séduits par l'habile direction d'acteurs et la mise en scène foisonnante (certains déplacements en groupe rappellent les premiers spectacles du théâtre Ubu, à l'époque d'Oulipo Show)! Le travail est appliqué et vraiment original. Dodge utilise avec brio le petit espace de la salle Jean-Claude Germain.

Outre les comédiens mentionnés ci-dessus, Renaud Lacelle-Bourdon est terrifiant dans son rôle de brute caractérielle et Bénédicte Décary, perverse dans son rôle de majorette aguicheuse.

La prochaine création du Théâtre de Pacotille aura lieu en février 2012 dans la même salle. Son titre? La Guerre. On se demande comment l'auteur pourra être encore plus apocalyptique.

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Collaborateur du Devoir