Bertrand Cantat au TNM - Christine St-Pierre se porte à la défense de Wajdi Mouawad

La ministre Christine St-Pierre s'est finalement jetée dans la mêlée hier en se portant à la défense de Wajdi Mouawad et en décochant une flèche en direction de ceux qui reprochent au metteur en scène de se terrer pour éviter la controverse.

En marge de la présentation d'une nouvelle émission jeunesse à Télé-Québec à Montréal, Mme St-Pierre a affirmé à La Presse canadienne que le dramaturge et metteur en scène était «très blessé» et qu'il fallait lui laisser le temps de s'expliquer au sujet de la polémique entourant la participation du chanteur français Bertrand Cantat à son spectacle au Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

La ministre de la Culture et de la Condition féminine avait martelé toute la semaine dernière qu'elle n'avait pas à s'immiscer dans le débat sur la venue de Bertrand Cantat. En 2003, l'ancien membre du groupe Noir Désir a écopé une peine d'emprisonnement de huit ans pour l'homicide involontaire de sa compagne, l'actrice Marie Trintignant.

Mais hier, tout en soutenant qu'elle ne commentait pas la décision du TNM de ne plus faire monter sur les planches le musicien et chanteur rock, elle s'est néanmoins prononcée au sujet des reproches adressés à Wajdi Mouawad.

Ce dernier était en Europe au moment où la controverse a éclaté, et son mutisme a été vertement critiqué depuis, notamment par le metteur en scène Serge Denoncourt lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle, dimanche soir.

«Je trouve que l'on reproche beaucoup de choses à M. Mouawad et j'aimerais ça qu'on le laisse prendre ses décisions, ce qui est le meilleur pour lui, à quel moment il veut sortir publiquement», a soutenu Mme St-Pierre.

«Je pense qu'on est très pressé dans la vie et il faut comprendre que peut-être que cet homme-là est très, très, très blessé présentement», a-t-elle expliqué, ajoutant lui avoir parlé la semaine dernière.

«Il va sortir publiquement, mais laissons-lui le temps de se préparer à faire son cheminement. [...] Il y a un cheminement à faire. Alors, je pense que quand les gens l'auront entendu, ils feront la part des choses», a tranché la ministre.

Selon Mme St-Pierre, l'oeuvre de M. Mouawad parle d'elle-même. «Quand on réfléchit à ce qu'il écrit, c'est un homme qui dénonce la violence, qui est très bon, très humain.»

Christine St-Pierre dit également ne pas croire à la théorie selon laquelle le metteur en scène aurait volontairement voulu provoquer. «Je ne crois pas à ça», a-t-elle lancé, tout en se ravisant rapidement. «De toute façon, je n'ai pas à commenter les choix artistiques et je vous invite à vraiment être prudents sur ces questions-là», a conclu la ministre.

M. Mouawad sera l'invité d'Anne-Marie Dussault ce vendredi 15 avril à l'émission 24 h en 60 minutes sur les ondes de RDI. Il annoncera s'il présentera tout de même Le Cycle des femmes au TNM, mais sans Bertrand Cantat sur scène, ou s'il annulera tout simplement la présentation.
4 commentaires
  • Henry Fleury - Inscrit 12 avril 2011 06 h 14

    Stunami à lui

    Nous vouons tous pour la plupart un très grand respect pour Wajdi Mouawad et c'est probablement parce qu'il est habitué de surfer sur cette reconnaissance, et le succès qui l'accompagne, qu'il n'a pas vu la vague qui s'avançait vers lui à contre courant pour soulever toutes les passions; tout ça parce qu'il aurait souhaité aider un ami, son stunami à lui, à rentrer sur scène par le côté jardin. Évidemment que ça n'a pas marché et que plusieurs se sont retrouvés échevelés dans la mêlée, dont la ministre Christine St-Pierre qui en a perdu son mascara au passage. Mais posez-vous donc la question ? Qui est le plus blessé des deux madame St-Pierre ? Mouawad ou Cantat ? Posez la question, c'est y répondre comme dirait l'autre.

  • France Marcotte - Abonnée 12 avril 2011 10 h 14

    Sacrée Christine!

    Voilà que madame la ministre joue à la mère avec celui qu'on accuse de se terrer pour ne pas affronter la controverse qu'il a créée...
    Pas sûre que cela améliore son cas!
    Le grand homme est blessé, il a besoin de cheminer...
    Si c'était un politicien, on dirait qu'il laisse, très stratégiquement, retomber la tension.
    Mais les grands artistes ne font pas ce genre de calculs voyons, ils sont des êtres éthérés, leurs comportements ont leurs propres règles qui échappent à la compréhension du commun des mortels.
    C'est d'ailleurs bien pourquoi celui-ci n'avait pas mesuré la portée terre-à-terre de ses choix, au ras des règles humaines.

    Il viendra nous dire vendredi si oui ou non il présentera son oeuvre ici.
    D'incompris, il deviendra martyr.
    Qu'il ne touche à rien de son projet, on crirait alors à la censure.

    C'est aux spectateurs de décider s'ils iront ou non.

    Si Cantat ne peut pas venir au pays, il ne devrait pas être trop difficile de lui trouver un remplaçant sur mesure.

  • Gilles Roy - Inscrit 12 avril 2011 11 h 32

    Appel entendu

    L'appel à la prudence lancé par la ministre me semble de bon ton (de belle facture). Ça m'a rappelé le contenu d'une lettre peu banale signée par un certain fonctionnaire pour l'État canadien, parue dans les pages du Devoir (27 août 2008)...

  • André Michaud - Inscrit 12 avril 2011 17 h 53

    Perdre sa crédibilité

    Mme St-Pierre n'est plus crédible comme Ministre à la CONDITION FÉMININE. Banaliser ainsi la violence contre les femmes pour prévilégier l'expression artistique libre de tout gros bon sens..!!

    On fait plein de pub contre la violence faite aux femmes d'un côté, et on pardonne de l'autre à un homme qui a battu à mort une femme (une vingtaine de durs coups à la tête..) et parce que c'est un artiste il a même pu s'en tirer avec une sentence bonbon de 4 ans!

    L'alcoolisme n'est pas une excuse, TOUS les tueurs de femme boivent ou se gèle avant de tuer..

    Déjà avec la saga ridicule de la façade de l'église St-Vincent de Paul à Québec , qui fut affreusement imposée à notre vue et non sécuritaire, elle avait fait preuve de peu de jugement.