Théâtre - Spectacle vivant

Difficile de ne pas songer aux Contes urbains devant ce quatuor de monologues liés par un environnement musical live.<br />
Photo: Jean-François Hamelin Difficile de ne pas songer aux Contes urbains devant ce quatuor de monologues liés par un environnement musical live.

Difficile de ne pas songer aux Contes urbains devant ce quatuor de monologues liés par un environnement musical live. Mais il y a un concept unificateur, une idée forte derrière ces contes de formes diverses: chaque fois, une ville fait écho à l'état du personnage féminin qui y est égaré, déraciné, ou devient l'incarnation d'une tare sociale. Sarah Berthiaume y révèle une langue colorée, le don du récit, le sens des images, une écriture où cohabitent une charge critique très concrète et un imaginaire poétique.

Villes mortes commence tranquillement, dans une atmosphère d'intimité, par un texte plus littéraire que les suivants. De jolies métaphores parsèment cette histoire, somme toute banale, où une souffrance amoureuse est mise en parallèle avec la momification de Pompéi par la lave volcanique. La douce narration de Céliane Trudel, avec même des passages lus, semble manquer un peu de relief. Un caractère qu'on retrouve à satiété dans le deuxième récit, drôle de dérive identitaire d'une jeune femme originaire de Gagnonville, raconté par l'auteure elle-même.

On remarque d'ailleurs une gradation sentie dans ce spectacle qui s'amorce très sagement dans un lit à baldaquin. Cet unique élément de décor sera mis à sac, retourné, transformé. On aura droit à une utilisation particulièrement inventive des draps et de la structure dans le récit qui confronte une comédienne en chômage à une attaque de zombies dans l'enfer banlieusard clinquant du quartier Dix30 — symbole ici d'un vide existentiel. Certes, l'idée n'est pas nouvelle: déjà en 1968 dans son classique Dawn of the Dead, le réalisateur George A. Romero convoquait les morts-vivants dans une satire de la société de consommation et des individus décérébrés qu'elle produit.... Ce qui n'empêche pas de goûter ce savoureux délire, porté par une performance irrésistible et athlétique de Stéphanie Dawson.

L'environnement est tout aussi menaçant dans l'ultime texte, où une femme chef d'une famille monoparentale vit la situation absurde de vendre du Tim Hortons aux soldats à Kandahar. Le style d'abord télégraphique de l'écriture traduit à merveille sa routine monotone, litanie de cafés et de beignes, dans laquelle fera irruption le merveilleux. Entre le conte de fées et le cauchemar, une vision critique de la mission canadienne. Joëlle Paré-Beaulieu se révèle très juste en héroïne qui, elle aussi, tend à se réfugier dans l'imaginaire.

Si la musique trash de Géraldine et Navet Confit offre un contraste assez discordant avec le premier tableau, le duo est par contre utilisé à profit pendant certains contes. Il offre alors une atmosphère sonore expressive, un contrepoint qui, comme les textes, ne manque pas d'humour. Malgré leur caractère mortifère, voilà des Villes qu'on prend plaisir à visiter.

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Collaboratrice du Devoir