Cantat ne foulera pas les planches au Canada

La directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, a annoncé hier que Bertrand Cantat ne sera pas de la distribution du Cycle des femmes, mis en scène par Wajdi Mouawad. Le chanteur français a de son côté renoncé à monter sur scène au Festival d’Avignon «par respect pour la douleur de la famille Trintignant».<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, a annoncé hier que Bertrand Cantat ne sera pas de la distribution du Cycle des femmes, mis en scène par Wajdi Mouawad. Le chanteur français a de son côté renoncé à monter sur scène au Festival d’Avignon «par respect pour la douleur de la famille Trintignant».

Bertrand Cantat ne foulera pas les planches du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) ni celles du Théâtre français du Centre national des arts (CNA) à Ottawa. Devant une armada de photographes, de journalistes et de caméras de tous types, la directrice artistique et générale du TNM, Lorraine Pintal, annonçait hier, tout juste après en avoir longuement discuté avec Wajdi Mouawad au téléphone, que le musicien français chargé de «propulser sur de la musique rock les mots de Sophocle vieux de plus de deux millénaires» ne sera pas de la distribution du Cycle des femmes — Les Trachiniennes, Antigone, Électre — mis en scène par Mouawad.

De façon plus précise encore et tout en mettant les points sur les «i» de multiples façons sur le projet, Mme Pintal a souligné que le TNM n'est qu'un partenaire diffuseur dans ce dossier et que c'est Wajdi Mouawad lui-même qui prendra la décision de présenter le Cycle des femmes en terre canadienne sans Bertrand Cantat... ou d'annuler la série des représentations prévues. Le dramaturge, metteur en scène et directeur de compagnie fera connaître cette décision fort attendue lundi 18 avril à Ottawa avant de présenter le menu détaillé de sa dernière saison à la barre du Théâtre français du CNA.

Débat social


Fidèle à elle-même et à ses choix, Lorraine Pintal expliquait hier soutenir toujours autant la valeur des choix artistiques de Wajdi Mouawad, «un artiste exceptionnel reconnu sur toutes les scènes». Il est difficile aujourd'hui de monter Sophocle, expliquait-elle, puisque le choeur joue un rôle fondamental et omniprésent dans ses textes; l'idée de Wajdi Mouawad de faire retentir ce choeur sur un fond de musique rock l'a tout de suite séduite. Et jamais elle n'a remis en question la décision du metteur en scène de faire appel au musicien de son choix pour y parvenir.

La directrice du TNM a dit avoir été particulièrement touchée par la série de témoignages aussi positifs que négatifs qui ont afflué au cours de la dernière semaine. Elle savait que son choix d'accepter la proposition de Mouawad allait susciter la controverse — «il nous y a habitués» —, mais jamais que la vague de protestations allait atteindre une telle ampleur et se transformer en véritable débat social autant au Québec que maintenant en France, on le sait. Quant à Cantat, on apprenait hier qu'il renonçait à monter sur scène au Festival d'Avignon «par respect pour la douleur de la famille Trintignant».

Personne ne pouvait prévoir que la déferlante de l'événement Cantat, comme le disait Lorraine Pintal, dépasserait aussi largement la mission du TNM. D'abord et surtout parce que le rocker français a été jugé et condamné pour son crime et qu'il a purgé sa peine, mais aussi parce que Bertrand Cantat est venu travailler de ce côté-ci de l'Atlantique à quelques reprises déjà avec Wajdi Mouawad: on entendait sa voix, hors champ, dans Ciels et c'est lui qui signe la trame musicale de la plus récente création de Mouawad, Temps, que l'on verra au Théâtre d'Aujourd'hui dès le 19 avril.

Cette décision ne remet cependant pas en question le projet de Wajdi Mouawad. Joint en France où il dirige déjà les répétitions du spectacle controversé, il a fait savoir que le Cycle des femmes serait présenté partout en Europe avec Bertrand Cantat. Le spectacle que diffusera peut-être le TNM sans Cantat est une impressionnante multiproduction impliquant Abbé Carré Cé Carré et Au carré de l'hypoténuse, les deux compagnies de Mouawad, et une bonne dizaine d'organismes aussi divers que le Festival d'Avignon et ceux d'Athènes et de Barcelone, sans compter une série de scènes nationales françaises et des Centres dramatiques nationaux. La série de représentations prévues doit prendre fin en 2015 à Mons, en Belgique.

Le théâtre et la loi

En réponse aux questions des journalistes, Lorraine Pintal avouait que c'est l'existence de cette loi canadienne sur les contrevenants, qui empêche Cantat de passer «officiellement» la frontière, qui a changé complètement la donne. Le TNM continue toujours à croire que le théâtre remet en question la société, mais il ne peut certes pas s'opposer à la loi du pays. La compagnie montréalaise attend donc la décision de Wajdi Mouawad mais continue à vendre ses abonnements de saison pour cinq spectacles quoi qu'il arrive... ce qui implique que l'on est déjà prêt à passer malgré tout à autre chose avec un nouveau spectacle s'il le faut. Quant à la controverse qui a suscité un énorme débat collectif particulièrement sain sur des questions fort importantes qui nous concernent tous, le temps l'emportera...
22 commentaires
  • Marc Lemieux - Inscrit 9 avril 2011 00 h 40

    Que de tapage

    Que de tapage pour cette histoire, on est moins regardant sur les immigrants illégaux qui ont des passés criminels! Ou des proches de l'ancien premier ministre tunisien avec sa maison de Westmount et qui est libre de continuer sa vie de nanti ici.

    Cantat a mal agit, rappelons que c'était un accident sous l'effet de l'alcool, même si cela n'excuse rien mais au moins remet les choses dans leur contexte.

  • Yves Côté - Abonné 9 avril 2011 05 h 14

    Point de vue individuel, mais général, sur un particulier néanmoins collectif.

    Remettre en question la société n'oblige personne à tout accepter de la dite remise en question...
    Pas plus qu'il soit pertinent, ni pour une nation ni pour une autre, de tout en refuser par conservatisme.
    Il n'y a d'outrage pour personne d'user de son esprit critique. Après tout, il ne sert pas de tirer sur une plante pour qu'elle pousse plus vite.
    Pas plus sur le plan individuel que collectif.
    Sur le plan individuel, mon petit avis est que notre auteur et metteur en scène a lui aussi droit à l'erreur malgré son génie et que Bertrand Cantat, de son côté, en acceptant l'offre, a manqué un bien beau rendez-vous avec l'humilité. Chose qui l'aurait peut-être aidé bien plus à se reconstruire qu'une présence publique ?
    Sur le plan collectif, mon avis est que tous les peuples sont souverains en tout sur leur territoire et que leurs volontés doivent se communiquer par les lois de leurs pays respectifs...
    Si, bien sûr, ils ont ou se sont donné la chance d'avoir un pays qui leur appartienne démocratiquement.
    Tout cela n'étant évidemment qu'un point de vue républicain.

  • marchenoir - Inscrit 9 avril 2011 09 h 15

    Hélas, la post-modernité

    On a pu critiqué le choix de Mouawad d'intégrer Cantat à sa pièce. J'abandonne cette discussion aux enragés et aux polémistes.

    Il y a quelque chose de pire qui motive l'intention de Mouawad — qu'est-ce qu'un rockeur fait sur une pièce de Sophocle ?

    Le dépotoir de l'art contemporain a force de maëlstrom sur nos « artistes ».

    Ces vautours, ils rongent le cadavre putréfié du vieil art afin de le rendre à leur image de charognes.

    Sous prétexte de « susciter des réflexions sur l'art ». Nous avons eu Duchamp, Malévitch. Nous avons eu Warhol qui pissait sur ses toiles. Nous avons eu Stockhausen, Boulez.

    À présent laissez ce chantre de l'ordure traîner seul la carcasse du vieux Sophocle au dépotoir.

    Cantat ou non, je vais me passer de la pièce de Mouawad.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 9 avril 2011 09 h 35

    Le populisme québécois.

    Cantat a commis un geste crapuleux, indigne et profondément troublant. Il aurait assurément mérité plus de 4 ans de pénitencier pour les douleurs qu'il a répandu et qu'il répannd encore auprès des proches de la victime. Mais cela ne devrait pas dans une société -dite évoluée- rendre coupable une deuxième fois un individu pour le même geste. Cela relève des sociétés à caractère fasciste non des sociétés de Droits moderne.
    La chasse aux sorcières qui vient d'être entreprise au Québec sur cette histoire nous rappelle les moments sombres du traitement médiatique de l'opération scorpion à Québec initié par les extrèmistes de droite des radios poubelles.

    Et pour Gilles Duceppe avec sa récupération à caractère populiste allant rejoindre dans le même lit «l'inquisiteur» Gérard Deltel, j'espère seulement qu'il en pairera le prix au plan électoral.

  • Wilbrod Eastman - Inscrit 9 avril 2011 09 h 47

    la poutre dans l'oeil du voisin...

    Les québécois arrêtez votre carnage de mots. Quand un de vos meurtriers (accident de voiture dut a l’alcool, une famille de 4 personnes tuées au Québec, 2ans de prison ) vient en Europe, pour se balader, (c ’est un fait véridique) les français le mettent-ils au pilori? NON ca passe dans les faits divers. Cantat et Mme Trintignant formait un couple d’alcooliques et de drogués, Jean-Louis Trintignant le savait très bien. Mais n’y pouvait rien. Que son chagrin soit immense ,nous le savons tous, quand un drame se produit au sein de notre famille. Il y a eu une dispute entre ce couple de drogué et alcoolisé, l’homme a frappé sa compagne non pour la tuer. Mais âpres un long coma elle est décédée, il a lui même été cherché du secours selon l’enquête. Arrêtez donc de broder sur cette affaire dramatique. Vous devenez RIDICULES Vous seriez mieux de vous plaindre quand âpres un divorce l’ex mari tue ses enfants avant de se suicider. Vous ne trouvez pas ca très dramatique? Ha bon. Cantat n’avait pas plus l’intention de donner la mort ,que votre automobiliste.
    Qu’est le peuple d’aujourd’hui qui s’émeut pour une vedette, mais ne dit rien pour des gens anonymes.