La ministre St-Pierre refuse toujours de se prononcer

Québec — Pour une troisième journée de suite, la ministre Christine St-Pierre a refusé de prendre position quant à savoir s'il était ou non souhaitable que le chanteur français Bertrand Cantat participe à un spectacle sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, en 2012.

Hier en Chambre, la ministre a été interpellée à ce propos par le chef de l'Action démocratique, Gérard Deltell, à la fois à titre de ministre de la Condition féminine et de ministre de la Culture.

M. Deltell est fermement opposé à la perspective de voir le musicien, reconnu coupable d'homicide involontaire en 2004, poser le pied au Québec.

Il a tenté, en vain, d'amener la ministre à condamner le projet du TNM et à s'indigner elle aussi du fait que Cantat, en 2003, a battu à mort sa compagne d'alors, la comédienne Marie Trintignant.

Comme l'avait fait la veille le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, Mme St-Pierre s'est réfugiée dans l'argumentaire légaliste, faisant valoir qu'il revenait aux autorités fédérales de décider si Cantat, qui a purgé une peine de quatre ans de prison pour son crime, était admissible à entrer au Canada.

«La violence conjugale, c'est inacceptable», s'est-elle contentée de dire, sans jamais faire référence à l'affaire Cantat, ni dire si cet énoncé rendait le chanteur persona non grata au Québec.

«C'est à Immigration Canada de décider si M. Cantat peut rentrer ou non au pays, et nous allons respecter la décision d'Immigration Canada», a commenté la ministre.

M. Deltell s'est étonné du fait que la ministre a injecté 800 000 $ de fonds publics dans une campagne publicitaire en cours visant à contrer la violence et les agressions à caractère sexuel, alors que «là on n'ose pas commenter si, oui ou non, on est d'accord pour la visite de ce gars-là ici».

Cette fois en tant que ministre de la Culture, elle a répété que «jamais un ministre de la Culture ne doit s'ingérer dans une démarche artistique, jamais». Elle ne qualifiera donc pas la qualité du jugement de la direction du TNM, qui a choisi de faire figurer le nom de Cantat dans sa programmation 2012.

«C'est aux artistes eux-mêmes de décider de ce qui est bon», selon elle.

Le TNM s'est dit hier en réflexion. L'équipe du théâtre a indiqué faire actuellement «le point sur l'ensemble de la situation» autour de la production Des femmes de Sophocle, de Wajdi Mouawad, et a annoncé un point de presse pour aujourd'hui.

M. Mouawad, le dramaturge et metteur en scène, a aussi réservé ses commentaires.
3 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 8 avril 2011 06 h 53

    Une ministre qui ne s'ouvre la bouche que pour assurer sa réélection!

    Encore une fois ,nous devons supporter ce gouvernement nul n'a que des ministres et députés qui n'ont pas de sentiments, pas de conscience, pas d'opinions, sauf bien sûr, si cela peut mousser leur réélection! Quelle tristesse!
    Gilles Delisle

  • Kali Beru - Inscrit 8 avril 2011 15 h 49

    Fiou!

    "Comme l'avait fait la veille le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, Mme St-Pierre s'est réfugiée dans l'argumentaire légaliste..."

    Et avec raison!

    M. Deltell qui souhaite ardemment le désengagement du gouvernement voudrait maintenant qu'il se mêle d'une situation qui ne le concerne pas du tout. C'est-à-dire la venue de M. Cantat au Canada et son engagement dans le spectacle de M.Wajdi. De mon côté, c'est M. Deltell que je trouve pathétique avec sa basse récupération politique de ce qu'il affirme être "l'opinion générale des Québécois". Doublement Navrant.

  • Evanescente - Inscrite 17 avril 2011 11 h 50

    Les femmes en politique... et ailleurs.

    Christine St-Pierre et Lorraine Pintal n'ont aucun jugement. Le jugement, on vient au monde avec, on en a... ou on n'en pas ou si peu. Ce n'est pas quelque chose qui s'acquiert. Et dire qu'il y a des juges qui n'ont aucun jugement...