Théâtre - La naissance d'un univers original et troublant

Transmissions, de Justin Laramée, témoigne de l’arrivée d’une nouvelle voix dans la dramaturgie québécoise.<br />
Photo: Justin Laramée Transmissions, de Justin Laramée, témoigne de l’arrivée d’une nouvelle voix dans la dramaturgie québécoise.

Lauréat du prix Gratien-Gélinas, en 2008, le texte de Justin Laramée a subi de nombreuses lectures, éditions et transformations depuis trois ans, avant d'être créé la semaine dernière aux Écuries à Montréal. Disons-le d'emblée, il ne s'agit pas simplement de la création d'une première pièce... mais davantage de l'arrivée d'une nouvelle voix dans la dramaturgie québécoise; de la naissance d'un univers original et troublant. Un univers encore en chantier, une écriture touffue et organique, à la symbolique un peu trop foisonnante, mais ce sont là bien faibles carences pour un jeune auteur (qui signe aussi la mise en scène).

L'histoire, fort insolite, est impossible à résumer. Son thème est la perte du legs, l'impossibilité de transmettre des valeurs d'une génération à l'autre. Que peut-on léguer à nos enfants quand personne ne s'entend sur le sens à donner à la vie, à la mort? Il est question de terre et de sang; de fleurs et de placenta, de sexe et d'amour. Un jeune solitaire enterre un chien bâtard (François Bernier, touchant). On fait parler des oies sauvages, et un bébé fume un joint avec son père (Maxime Denommée, suave)!! On déterre des trésors et on enfouit ses peurs. Ou vice versa.

Les personnages, tous un peu disjonctés, se retrouvent au chalet familial, isolé au milieu d'une forêt (une scénographie magnifique de la talentueuse conceptrice, Geneviève Lizotte). Transmissions rappelle un peu Août. Un repas à la campagne de Jean-Marc Dalpé, pièce qui exposait aussi que «rien n'est vivace dans la vie». Mais la famille de Laramée est plus fantastique que réaliste, plus David Lynch que Tchekhov.

Toutefois, malgré ce climat étrange, ces personnages incarnent des enjeux bien réels: la place des hommes dans l'éducation de leurs enfants; le rôle des femmes; le matriarcat; la dépendance amoureuse. Ils sont défendus par une distribution solide, parmi laquelle on remarque la toujours excellente Danielle Proulx dans le rôle de la mère. L'électrisante Émilie Gilbert en jeune maman assez tordue qui, après avoir commis un geste irréparable, deviendra carrément folle. Et la sublime Monia Chokri, drôle et digne à la fois.

Mentionnons la musique originale de Benoît Côté qui con-tribue à créer une atmosphère étrange et inquiétante à cette production surprenante.

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Collaborateur du Devoir