Théâtre - De la vengeance

Dans le rôle-titre, la toujours excellente Violette Chauveau dégage l’autorité, la puissance, mais aussi le désespoir de son personnage.<br />
Photo: Robert Etcheverry Dans le rôle-titre, la toujours excellente Violette Chauveau dégage l’autorité, la puissance, mais aussi le désespoir de son personnage.

Figure légendaire de la mythologie grecque, Médée fascine l'imaginaire collectif depuis toujours. Au point où elle a traversé les siècles et inspiré moult versions de pièces, d'opéras, de films, etc. Le théâtre Denise-Pelletier a opté pour l'une de ses plus anciennes versions: Médée d'Euripide.

Alors que le théâtre classique a son lot de personnages masculins forts, tragiques ou héroïques, on trouve peu de grands premiers rôles dans le répertoire pour les actrices. On se réjouit donc que la production du TDP mette de l'avant autant de voix féminines: elle est dirigée par Caroline Binet, qui a choisi la traduction de Florence Dupont, avec un choeur de six actrices.

Sur un mode tragique, Médée incarne la douleur des femmes trahies, bafouées, méprisées. Qu'un homme ait écrit cela il y a près de 25 siècles... voilà qui en dit beaucoup sur le caractère universel et intemporel de la nature humaine. «Je suis tout sauf une femme résignée», lance Médée à sa nourrice qui veut l'empêcher de commettre l'irréparable. Le spectacle expose clairement à quel point la souffrance est à l'origine du mal.

Devant un conflit ou une punition, l'être humain a deux choix: la lutte ou la fuite, a dit le biologiste Henri Laborit. Pour se venger de son mari, Jason, qui abandonne sa famille pour épouser la fille du roi Créon, Médée choisit de lutter... Or, elle se défend en commettant un geste extrêmement violent: deux meurtres, suivi d'un infanticide.

Dans le rôle-titre, la toujours excellente Violette Chauveau dégage l'autorité, la puissance, mais aussi le désespoir de son personnage. Dans la scène où Médée se débat avec sa propre conscience, la comédienne est remarquable. Par contre, Stéphane Gagnon est un peu plus faible en Jason. Il surjoue la colère et il crie trop. Dans le rôle du coryphée, Johanne Haberlin est très juste.

Dans sa mise en scène, Caroline Binet se démarque par son utilisation de l'espace scénique et celle du choeur, très chorégraphié et imagé. Notre regard est souvent nourri par des tableaux splendides, grâce aux magnifiques costumes et au décor signés Geneviève Lizotte, ainsi qu'aux éclairages poétiques de Bruno Rafie.

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Collaborateur du Devoir