Théâtre - Hamlet dans l'air du temps

Le Hamlet de Benoît McGinnis est bien de sa génération. Un jeune homme intelligent, informé et plein de tempérament, mais qui demeure trop égocentrique ou individualiste pour faire aboutir son projet.
Photo: Yves Renaud Le Hamlet de Benoît McGinnis est bien de sa génération. Un jeune homme intelligent, informé et plein de tempérament, mais qui demeure trop égocentrique ou individualiste pour faire aboutir son projet.

Au lieu d'un livre, Hamlet aurait bien pu tenir un iPad entre ses mains lorsqu'il échange avec Polonius, au milieu du deuxième acte: «Que lisez-vous là, monseigneur? — Des mots, des mots, des mots!»

Pour bien des spectateurs, la célèbre pièce de Shakespeare n'aura jamais paru aussi contemporaine que jeudi dernier au TNM. Pas seulement parce que le jeune prince et son entourage sont vêtus comme des membres de l'élite occidentale du XXIe siècle, mais surtout parce que les enjeux de l'oeuvre y sont très clairs. Probants.

Dans un monde injuste, corrompu et violent, la jeunesse doit-elle reprendre le flambeau, afin de réparer les torts commis par ses aînés? Pourquoi en 1601 (date de création du chef-d'oeuvre) comme en 2011, est-ce si difficile d'agir honnêtement, de changer les choses? L'Histoire peut-elle cesser de se répéter inexorablement?

Telles sont quelques-unes des (grandes) questions soulevées par Hamlet. Sans être parfaite, la production du TNM a le mérite de nous offrir une lecture moderne et accessible. Grâce en bonne partie à la nouvelle traduction de l'oeuvre. Jean-Marc Dalpé a su garder la splendeur du texte tout en le rendant plus direct et rythmé, comparativement au style ampoulé d'un François-Victor Hugo, par exemple.

Grâce surtout au jeu ADMIRABLE de Benoît McGinnis. À chaque génération, il arrive qu'un acteur très doué «affronte» ce rôle énorme... et se l'approprie. Mentionnons le Hamlet oedipien de Laurence Olivier, celui révolutionnaire de John Gielgud ou encore celui mélancolique de Christopher Plummer. Celui de McGinnis est bien de sa génération. Un jeune homme intelligent, informé et plein de tempérament, mais qui demeure trop égocentrique ou individualiste pour faire aboutir son projet: venger le meurtre de son père par son oncle. Conscient, sensible et énergique (il faut le voir exécuter de fougueux pas de danse sur un riff de guitare de Rage Against the Machine), son prince danois n'est ni trop fou ni trop angoissé. Ses réparties sonnent souvent cyniques. Un Hamlet cynique! Peut-on être plus dans l'air du temps?

L'acteur Marc Béland (qui avait défendu le rôle en 1990, dans une production beaucoup moins inspirée) signe ici sa première mise en scène au Théâtre du Nouveau Monde. Il a effectué un travail remarquable! Deux bémols. Certains acteurs secondaires détonnent (la prose shakespearienne n'est pas donnée à tous) et sa mise en place est parfois trop figée (Rosencrantz et Guildenstern semblent plus attirés par les coulisses que par l'action sur la scène...).

Le rôle-titre est confié à un acteur tous les vingt ans au TNM (outre Béland, Albert Millaire l'a joué en 1970, et Charles Berling en 2004, mais dans une coproduction avec la France). On serait donc fou de se priver d'aller voir l'excellente prestation de McGinnis avec ce Hamlet de la génération Facebook!

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Collaborateur du Devoir

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