Théâtre - Des mots pour le dire

Emmanuelle Jimenez et Sounia Balha dans Correspondances
Photo: Eugene Holtz Emmanuelle Jimenez et Sounia Balha dans Correspondances

«Ça ne prend pas toujours du théâtre pour faire du théâtre», avance le comédien Olivier Kemeid, dans le dossier de presse de Correspondances (rester ou partir?) à l'affiche aux Écuries, une salle excentrée et en chantier près du quartier Saint-Michel. Effectivement, Correspondances... est un spectacle hybride, un peu inégal, mais charmant.

Écrite à six mains par de jeunes auteurs qui ne se connaissaient pas avant le projet, puis éditée, mise en forme et en scène par Marcelle Dubois, cette pièce propose un regard sur la culture et l'identité belge, libanaise et québécoise. Trois nations à l'avenir, disons précaire, pour ne pas dire menacé. Basée à la fois sur des réflexions intimes et des observations sociales, l'oeuvre se nourrit à plusieurs sources: littérature, photographie, poésie, chanson, marionnette et reportage du genre docufiction.

D'entrée de jeu, une narratrice (Marie-Michèle Garon) interroge les trois auteurs-personnages défendus avec conviction par Kemeid, Emmanuelle Jimenez et Sounia Balha. Leurs témoignages couvrent divers sujets, de la symbolique de la neige au Québec à l'angoisse existentielle, en passant par la gentrification, le métissage culturel, la consommation, l'environnement, etc. «Le Bruxelles d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celui de Jacques Brel», affirme le Belge. Une promenade dans le quartier Parc-Extension nous fait voyager à travers le globe en moins d'une heure, remarque la Montréalaise.

À l'heure de la globalisation, nos bagages culturels sont de drôles de fourre-tout qui nous sont parfois utiles, mais parfois encombrants. Ce spectacle l'illustre à merveille. Il y a des perles dans ces textes; et aussi des dérapages, quand le questionnement identitaire se transforme en réflexion nombriliste. C'est le cas avec Évelyne de la Chenelière et sa lettre à Nelly Arcan. Elle y déplore, assez maladroitement, le suicide de l'auteure de Putain. «Je ne te félicite pas», écrit-elle, lui reprochant d'avoir «abandonné la littérature»! Elle aurait pu se contenter «d'être belle et d'écrire», tranche-t-elle comme si le geste fatal d'Arcan la concernait personnellement... Malaise.

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Collaborateur du Devoir

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