Théâtre jeunes publics - Précieux petits riens

Les Mains dans la gravelle, de et avec Simon Boulerice, est un touchant clin d’œil à l’enfance.
Photo: Robert Etcheverry Les Mains dans la gravelle, de et avec Simon Boulerice, est un touchant clin d’œil à l’enfance.

C'est l'année Simon Boulerice si vous ne l'aviez pas encore remarqué. On le voit partout: à l'écriture de textes, à la mise en scène, à l'interprétation aussi. Pour tous les types d'auditoires comme il vient d'en faire la preuve tant à l'Espace libre et aux Gros Becs que depuis le week-end dernier, à Belœil, où il propose son plus récent texte destiné aux petits.

Les Mains dans la gravelle est un touchant clin d'oeil à l'enfance. Fred Gravelle, le héros, a 10 ans et il règne sur sa cour de gravelle en parlant aux mouettes tout en «pratiquant son visou» sur des conserves de Chef Boyardee et en cherchant des pierres précieuses dans la garnotte à l'aide de sa vision Rayons-X. Un p'tit cul ordinaire, quoi. Vif. Inventif. Débrouillard. Touchant. Et seul. Il y a bien sûr la petite voisine, Agate, mais Fred mettra encore un peu de temps à se rendre compte de sa présence. Ce qui compte pour tout de suite, c'est de trouver des pierres précieuses et d'aider ainsi sa mère à récupérer de «son opération» — elle a des pierres aux reins, évidemment.

Fred ne trouvera bien sûr pas de diamants ou de rubis, mais c'est toute sa vie finalement qui prendra forme à la suite de ce qui se passe dans sa cour en gravelle. Autant sa carrière — puisqu'on comprendra peu à peu qu'il deviendra cet artiste en arts visuels qui nous fait visiter son installation en redevenant le p'tit cul de 10 ans — que sa vie de famille, puisqu'Agate deviendra finalement sa compagne.

C'est évidemment un spectacle tout aussi touchant que son personnage principal. Tout s'y construit devant nous à partir de petits riens: boîtes de jus transformées en oiseaux, couvercles de conserve fixés à des souliers pour en faire des claquettes, sacs de plastique agglomérés jusqu'à en faire des robes de princesse, gravelle transformée en pierre précieuse avec un peu de peinture et de vernis... La vie, chacune de nos vies, se construit à partir de ces petits riens précieux qui nous façonnent. Et Simon Boulerice nous en fait la démonstration flagrante.

Mais le message passerait sans doute un peu mieux si les petits spectateurs saisissaient tout de suite qu'ils assistent à une sorte de retour vers l'enfance et s'ils comprenaient que c'est un «grand» Fred qui vient leur raconter tout cela. Sans doute des choses qui deviendront plus évidentes avec le temps puisque la pièce était jouée pour la première fois en scolaire quand je l'ai vue.

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