Théâtre jeunes publics - Mieux joindre les deux bouts

Une scène de S’embrasent de Luc Tartar<br />
Photo: Caroline Laberge Une scène de S’embrasent de Luc Tartar

Le simple fait de bien étaler sur la table tout ce qui s'annonce en cette deuxième portion de saison fait encore une fois ressortir une évidence: celle des trous béants sur la carte de nos diffuseurs de spectacles pour les jeunes publics. De grands pans du Québec sont encore inaccessibles aux compagnies, on ne semble le constater chaque fois que par le biais de la rentrée. Des régions éloignées comme l'Abitibi, le Témiscamingue et la Gaspésie semblent aujourd'hui aussi impénétrables, à quelques rares exceptions près, qu'au siècle dernier. Est-ce toujours aussi «normal»?

On comprend bien sûr que les distances et l'éloignement jouent un grand rôle dans cette situation déplorable. Mais on voudra bien noter quand même que celle-ci engendre deux catégories de jeunes publics québécois: ceux qui ont accès au théâtre et les autres, ceux qui restent trop loin... Alors que la qualité de l'offre culturelle pourrait très certainement s'imposer comme un attrait majeur pour inciter les jeunes familles à s'établir en région...

Bon. Avant de monter au front, voyons d'abord avec quelles propositions on pourrait déjà séduire l'inaccessible étoile...

Chez les gros

C'est toujours autour des deux grands pôles que sont Montréal et Québec que l'on note bien sûr le plus d'activités. À eux seuls, la Maison Théâtre à Montréal et Les Gros Becs à Québec proposent une bonne quinzaine de spectacles.

Rue Ontario, on verra des créations toutes récentes comme Éclats et autres libertés du Théâtre Le Clou, qui s'amène tout juste dans la région métropolitaine (en avril pour les jeunes de 14 à 17 ans), Le Temps des muffins de Joël Da Silva au début de février pour les jeunes de 4 à 6 ans et Sur trois pattes, la plus récente production du Théâtre de l'Oeil, créée aux derniers Coups de théâtre (mi-mai pour les 5 à 10 ans). Soulignons aussi quelques reprises fort attendues, dont surtout celle de Hulul de la compagnie belge du Papyrus, un classique pour les enfants de 4 à 8 ans, dès le 5 mai, et celle de Pacamambo de Wajdi Mouawad (pour les 9 à 14 ans jusqu'au 30 janvier) dans la remarquable mise en scène de Serge Marois. Il vous faut absolument trouver le moyen de voir ces deux productions, quitte à vous déguiser en ado ou en maîtresse d'école...

Soulignons aussi le passage de L'Homme, Chopin et le petit tas de bois de Reynald Robinson, que le Gros Mécano promène avec bonheur depuis longtemps, Chantefable (l'épopée chevaleresque pour les 7 à 12 ans est prévue pour la fin de mars), que l'on a vu au petit théâtre de l'Illusion, sur le Plateau, et Le Spectacle de l'arbre que Nathalie Derome destine aux tout-petits, dès 18 mois (fin avril).

Aux Gros Becs — où l'on est toujours à la recherche d'une nouvelle salle, selon nos sources — on propose sept spectacles, dont quatre créations toutes récentes que l'on n'a pas encore toutes vues passer à Montréal. Dès le début de février, les enfants dès 6 ans pourront revoir Le Voyage de Marie-Christine Lê-Huu, qui revient sur la scène où on l'avait présenté à Rideau l'an dernier; le spectacle sera suivi du Grand Voyage de petit rocher, une production de la Vieille 17 destinée aux enfants de 7 ans et plus, puis de Contes venus du Nord, le nouveau spectacle du Théâtre de Sable pour les plus petits, dès 4 ans. Plus tard, en avril, Motus propose son tout neuf Pour en finir avec... Cyrano, qui vise un public adolescent, et Le Carrousel, Nuit d'orage de Michèle Lemieux dans la mise en scène et l'adaptation de Gervais Gaudreault. Là aussi, on attendra fébrilement la reprise de deux spectacles exceptionnels: le Hulul du Parchemin, fin mars, et le flamboyant S'embrasent de Luc Tartar dans la non moins brillante mise en scène d'Éric Jean.

Ailleurs

Hors ces deux pôles, il faut noter le travail que poursuit Serge Marois et son équipe à l'Arrière Scène, du côté de Beloeil. La création est toujours au programme de la petite compagnie, qui est devenue au fil des ans un partenaire de choix pour tous ceux qui prêchent la diffusion du théâtre en région. Beaucoup plus qu'un diffuseur, l'Arrière Scène trouve le moyen d'accueillir des artistes en résidence qui, chaque fois ou presque, y laissent une production qui circule ensuite sur les grands réseaux. Cette année, dès la fin de janvier en fait, on attend ainsi la plus récente création du boulimique Simon Boulerice, Les Mains dans la gravelle (pour les 8 à 12 ans). La compagnie promène aussi Pacamambo, qui est à la Maison Théâtre avant d'entreprendre un long voyage et rejoindre La Robe de ma mère, le texte le plus touchant de Marois jusqu'ici.

Ailleurs, soulignons aussi la programmation de l'Illusion pour les tout-petits: fin mars, on reprendra Jacques et le haricot magique (dès 2 ans), Histoire à dormir debout pour les plus vieux (5 ans) et l'on accueillera la compagnie Terra Incognita avec La Croisée des chemins (pour les 8 à 12 ans, en mars). Il ne faut pas oublier non plus nos deux festivals: Les Trois Jours de Casteliers, en mars, durant la relâche scolaire, qui accueillera une dizaine de spectacles venant de la Suède, des Pays-Bas, de la France et d'ici, on en reparlera sans doute. Et Petits bonheurs, bien sûr, en mai, qui continue à tisser des partenariats et qui présentera cette année des spectacles dans plusieurs quartiers montréalais qui ne reçoivent pas souvent de visite, mais aussi à Laval, à Sherbrooke, à Québec et à Trois-Rivières... avant d'envahir même les plus minuscules villages du Québec, si l'on en croit les rêves les plus fous de son fondateur, Pierre Larivière.

Avec les chemins défrichés déjà par l'Aventure T, qui présente depuis 20 ans partout (enfin presque) en région la crème des spectacles jeunes publics, c'est déjà un bon début.