Sonate d'automne

Après avoir signé de beaux succès pour le Cirque Éloize et le Cirque du Soleil, le metteur en scène Daniele Finzi Pasca présente à l'Usine C à Montréal, en première nord-américaine, une pièce plus intime et personnelle: Donka — une lettre à Tchekhov. Créé en janvier dernier au Théâtre de Vidy-Lausanne, en Suisse, ce spectacle a ensuite donné le coup d'envoi du Festival de théâtre de Moscou, qui soulignait le 150e anniversaire de naissance d'Anton Tchekhov.

Pasca a voulu rendre hommage au grand dramaturge en remontant le temps, et en évoquant, avec humour et tendresse, la vie et l'oeuvre de l'auteur de La Cerisaie. Or, au final, Donka est beaucoup plus qu'un hommage. C'est aussi un hymne à la beauté de la création scénique et à ses artisans, ces saltimbanques qui, grâce à leur art, jettent un peu de baume sur les maux du corps et de l'âme.

Émerveillement assuré!

À la frontière du théâtre, du cirque et de la danse, Donka... propose une série de tableaux vivants, impressionnistes et tous d'une sidérante beauté plastique (esthétiquement, Finzi Pasca a l'oeil d'un grand peintre!). Il y a bien sûr des prouesses des numéros de cirque, des clowneries. Mais chaque scène de ce théâtre d'ombres est prétexte à la présentation de poèmes visuels et sonores. Le spectacle fait ainsi défiler des pêcheurs en robe de mousseline, des baigneurs acrobates grâce aux trucages des premiers films muets, trois soeurs en déséquilibre sur une balançoire, un acteur (Konstantin de La Mouette) qui essaie de mourir sur scène, un jongleur en crinoline qui lance des balles de glace qui se brisent sur le sol...

Donka se déroule en partie dans des hôpitaux. Probablement parce que Tchekhov était médecin, et aussi tuberculeux, la leçon d'anatomie et la maladie sont utilisées comme des métaphores, ici et là dans le spectacle. Jusqu'à cette fin, extrêmement dramatique, qui nous rappelle la Grande Faucheuse tout au bout du chemin...

Les huit interprètes (ce sont plutôt des comédiens, danseurs, acrobates et chanteurs) sont portés par la belle musique de Maria Bonzanigo, la scénographie de Hugo Gargiulo, et les éclairages magnifiques de Finzi Pasca (qui signe aussi les chorégraphies). Ils dialoguent brièvement en italien, en français, en espagnol, parfois en cherchant le mot juste, ce qui représente bien la réalité de cette troupe d'origines diverses: Suisse, Mexique, Brésil, Italie et Espagne.

Daniele Finzi Pasca dit avoir voulu aborder le «côté affectif» de Tchekhov, afin d'essayer de comprendre pourquoi certains personnages de ses pièces ressemblent étrangement à des proches: «Des auteurs écrivent dans leur bureau sans imaginer leur influence à des siècles et des kilomètres. Un peu comme ces forêts nées de quelques graines ramenées par un voyageur», a-t-il confié en entrevue.

Finalement, pour qualifier son oeuvre théâtrale et circassienne, unique et onirique, l'auteur d'Icaro parle d'un «théâtre de la caresse»...

Belle formule qui illustre ce que le public ressent à la sortie de ce spectacle qui met des couleurs sur le gris des derniers jours d'automne.

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Collaborateur du Devoir

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