Théâtre - Un drame humanitaire, et une toute petite robe

La mise en scène simple permet à Jean-Sébastien Ouellette de transporter le spectateur dans la misère d’un camp de réfugiés de l’Azerbaïdjan.
Photo: Nicola-Frank Vachon La mise en scène simple permet à Jean-Sébastien Ouellette de transporter le spectateur dans la misère d’un camp de réfugiés de l’Azerbaïdjan.

Une demi-douzaine de valises, des rails de chemin de fer, un lampadaire, quelques objets simples... Il n'en faut pas plus à Jean-Sébastien Ouellette pour nous transporter dans la misère d'un camp de réfugiés de l'Azerbaïdjan, où vivent dans des wagons désaffectés des familles chassées de leur pays. Et pour prouver sa grande maîtrise de l'art de la transposition théâtrale!

Sa mise en scène de ce texte basé sur une histoire vraie ne tombe jamais dans le mélo, ni les bons sentiments. Au contraire. Cette production sensible et inventive de la pièce d'Isabelle Hubert, La Robe de Gulnara, touche à l'universel. Créée l'hiver dernier à La Bordée, la production vient d'ailleurs de remporter un prix décerné par l'Association des critiques de théâtre (volet Québec).

Au départ, ce texte était une courte pièce avec sujet imposé par Robert Claing, dans le cadre d'une Carte blanche du CEAD, en 2004. Isabelle Hubert, une auteure originaire de la Gaspésie, avoue avoir été effrayée parce qu'elle trouvait la question des réfugiés de l'ancienne République soviétique beaucoup trop éloignée de son monde. D'où son idée (heureuse) de parler de ce drame humanitaire à partir d'une histoire de famille simple et naïve, mais symbolique.

Deux soeurs. La plus vieille, Gulnara, va se marier dans quelques jours. Sa famille est si pauvre que Gulnara doit prendre toutes ses économies pour acheter une robe d'occasion. Mika, sa jeune soeur de 13 ans, ingénue et gaie, essaie la robe en cachette. Mais elle trébuche et la tache de goudron. Elle tentera de réparer sa faute par tous les moyens... Au péril de son propre avenir.

À partir de cet incident à la fois terrible et banal, Isabelle Hubert a écrit une jolie fable sur la rédemption, en exposant le meilleur et le pire chez les humains. Mais la force de ce spectacle est plus dans la manière que dans le propos: l'utilisation du temps, l'art de raconter sans trop appuyer sur les sentiments, la maîtrise des tableaux d'ensemble, d'une grande beauté, qui nous fait passer du banal au sublime, de la tristesse à l'allégresse. Portée par le jeu juste — quoique de talent inégal — des huit acteurs (dont la merveilleuse Marilyn Perreault dans le rôle de Mika), cette création québécoise est profondément humaine et universelle.

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Collaborateur du Devoir

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