Bilan du festival Coups de théâtre - Exprimer des réalités de plus en plus complexes

Une scène de Moi seul, un spectacle faisant appel aux langages de la danse, de la musique et de la vidéo en direct conçu, orchestré et mis en scène par Laurent Dupont, un des pionniers du théâtre pour bébés qui a plusieurs cordes à son arc.<br />
Photo: Agnès Desfosses Une scène de Moi seul, un spectacle faisant appel aux langages de la danse, de la musique et de la vidéo en direct conçu, orchestré et mis en scène par Laurent Dupont, un des pionniers du théâtre pour bébés qui a plusieurs cordes à son arc.

Plus de 20 spectacles différents (22 pour être précis) totalisant quelque 64 représentations dans une bonne dizaine de salles du centre-ville fréquentées à plus de 80 % — malgré le verglas de vendredi matin qui a entraîné l'annulation de deux séances —, voilà grosso modo le bilan chiffré des 11es Coups de théâtre qui se terminaient dimanche avec la dernière représentation de Rayon X, à Tangente. Dans un communiqué publié pour l'occasion, le directeur artistique du festival, Rémi Boucher, traçait un portrait fort positif de l'événement en déclarant «mission accomplie».

Il faut avouer qu'il a plutôt raison: l'ensemble de la programmation de cette édition offrait un mélange particulièrement équilibré entre les productions d'ici et celles venues de l'étranger, la plupart des spectacles faisant appel à des «langages mélangés» — danse, musique, mime, clown, performance, marionnettes, objets — pour exprimer les réalités de plus en plus complexes auxquelles font face les enfants de 4 à 14 ans à qui s'adresse tout particulièrement le festival. C'est toutefois parmi les productions étrangères que l'on a pu voir les choses les plus intéressantes et les plus nouvelles.

On pense surtout à Thick Skinned Things, une production néerlandaise du Stella den Haag sur les extrémités auxquelles peut mener le phénomène du rejet; ce texte sombre remarquablement rendu par la comédienne Erna van den Berg racontait l'histoire de Nora, une jeune fille réduite à s'enfouir littéralement sous terre pour échapper au regard des autres. De même, chaque production à sa façon, Princesse K, de la compagnie française Bob Théâtre, The Terrific Adventures of Brave Joan Woodsword des Allemands du Mummpitz Theater et Oskar du Teatret Møllen de Copenhague, repoussait les frontières habituelles du discours théâtral en direction des jeunes publics. Dans les trois cas, le constant jeu «à vue», l'intelligence et la qualité du texte, des comédiens et de la production en général nous faisaient regretter que si peu d'adultes aient pu assister au festival. Précisons toutefois que l'on doit tempérer l'impact de ces commentaires par le fait que Le Devoir n'a pu assister qu'à un peu plus de la moitié de tous les spectacles offerts aux Coups de théâtre du 15 au 28 novembre, dont très peu en danse même si le festival proposait plus d'une demi-douzaine de productions chorégraphiées.

Seule petite ombre au tableau de ce bilan très positif: quelques spectacles — parmi ceux que j'ai vus toujours, dont Thick Skinned Things et The Terrific Adventures of Brave Joan Woodsword — étaient présentés en anglais sans aucun sous-titre français. Ce qui est quand même inacceptable dans un festival international de cette envergure même si le principal public visé était anglophone. Nous ne sommes quand même pas à Toronto ou à Calgary!

Qui sait, on aura peut-être remédié à ce «petit» problème dans deux ans alors que Coups de théâtre proposera sa 12e édition en novembre 2012. On espère être toujours là pour faire le point là-dessus...